de Lune aux autres

01 août 2015

Par la porte

Source: Externe

J'ai effacé les quelques brouillons qui s'entassaient dans la liste des messages. Rien n'a abouti jusqu'alors. Je ne suis pas encore sûre que celui-là aboutira.

La vie, vous savez, les amours, les travaux, ce que nous projetons de faire et ce que nous pouvons faire vraiment... Je pense que c'est cela qui me déçoit le plus : le fossé qui sépare le rêvé du possible. Je dois manquer d'ambition. On me dit que je manque de raison. Mais ça, je le savais déjà. 

Le temps file mais je ne me sens pas vieillir. Mon corps me fait remarquer que non, j'ai du mal à l'écouter, à le laisser mener les choses. Je pense que j'ai toujours beaucoup d'énergie, on me dit que j'ai vraiment l'air fatiguée. En regardant les dernières photos de vacances, je me dis que merde, ils ne m'ont pas menti.

Je lis beaucoup les histoires des autres et l'impression que tout est déjà écrit s'inscrute dans mon esprit. Pourquoi vouloir alourdir le monde de mes phrases maladroites? Je pense que tout le monde s'est réfugié dans l'image : on n'y risque moins, on ne dit plus grand chose mais l'interprétation est libre et celui qui passe peut se l'approprier facilement. Alors qu'un texte, franchement! La disparition des mots m'inquiète, elle me confine au silence et à leur contemplation. Je relis des pages tournées il y a longtemps. La démarche est égoïste, je recherche des sentiments passés, j'en découvre de nouveaux. Et curieusement, j'avance.

Je ne suis plus certaine de vouloir écrire mes histoires ici, mais je n'arrive pas à fermer la porte. Elle reste entr'ouverte encore, qui sait, une histoire ou deux pourraient s'y glisser un jour. 

À bon lecteur, salut!

 

Peter Vilhelm _ the open door

 

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14 février 2015

Qu'il est difficile

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C'est dans mon corps que je le ressens d'abord : un mal de tête sourd et lourd qui rend une journée chargée et terne, qui m'aveugle.

Et puis le vent se lève et le grand froid se déverse dans le méandre des rues; il se souffle dans les cols relevés, il fige les tissus, il plisse les yeux et fait siffler les fenêtres pétrifiées de bleu acier. Moins quarante. Il faut le vivre pour le croire. De retour au dedans, il faut reprendre son souffle que la mort blanche a essayé de nous pomper. Le coeur se calme; on se décharne. Seules les vraies chaleurs réconfortent : le feu et le sang. Oubliez les thermostats et l'électricité, nous redevenons animal en survie. 

Se retrouver face à face un moment, se rassembler, se rasssurer, s'observer. C'est bien beau. Le faire pendant les longues semaines que dure notre hiver, brise le charme. Qu'il est difficile de se connaître à défaut de se reconnaître. Qu'il est difficile et excitant en même temps de les voir grandir, de les laisser s'éloigner de nous. Qu'il est difficile de leur confier un bagage qu,on veut à la fois léger et chargé et sens. Que c'est beau quand même de se retrouver après une dispute.

J'aime le blanc, la neige et la glace. J'aime ce grand ciel bleu qui nous aspire vers le haut. J'aime l'air qui fige ma poitrine, qui m'écrase autant qu'il m'élève. Mais chaque hiver, c'est ce qui se passe au dedans qui nous fait grandir un peu plus chaque année. Et peut être celle-ci plus qu'une autre.

Le jour se lève plus tôt. La saison froide s'étirera encore pour de longues semaines ici. Pourtant, le temps du dedans est presque fini. profitons-en encore un peu pour se défaire et se refaire encore mieux. Même si, et surtout si c'est difficile.

 

Vilhelm Hammershøi _ intérieur

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15 janvier 2015

Griffonnage

Enfant_écrivant-Henriette_Browne

Je lis beaucoup en ce moment, je lis plus que je ne regarde des images. Je ne lis pas forcément des pages que j'aime, mais des pages nécessaires. Après plusieurs jours, j'avoue que je me force : je veux lire ces témoignages, je veux comprendre pour pouvoir avancer, je me dois de savoir. Chaque musique, chaque peinture, chaque geste n'ont plus la même signification, ou plutôt, je n'en fais plus la même interprétation. Bien sûr que c'est bouleversant, blessant, inquiétant. Mais j'avoue que plus je lis, plus je griffonne de mon côté, moins je comprends le silence. Je ne comprends pas ceux qui se taisent. Leurs mâchoires closes pour moi se retiennent. Mais de dire quoi? Mais pourquoi? Jusqu'à quand? Je crois déceler une certitude de bonne pensée, la meilleure, celle qui sera au-dessus de toutes les autres. Les mâchoires des bien-pensants me font grincer des dents. Je préfère lire un désaccord, une révolte, l'entendre parce que je veux y faire face, parce qu'on peut construire même contre. On ne peut rien construire dans le vide. Alors que faire du silence? Est-ce une absence de sentiments? Absence de compassion pour des hommes et des femmes? Des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes.Des hommes et des femmes.

La vie reste quand même au-dessus de tout, même des idées bien-pensantes, il me semble. Je continue de lire, de griffonner, de dessiner tiens aussi. J'espère que mes enfants feront de même et les leurs. Et tous les autres. Et tous les leurs.

 

Henriette Browne _ enfant écrivant

 

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09 janvier 2015

Un jour noir et froid

SOULAGES

Tu sais, j'avais bien imaginé qu'un jour tu viendrais me demander pourquoi. Depuis un long moment même et pourtant je n'ai pas encore eu assez de temps pour construire ma réponse. Peut être même que le temps n'y suffirait pas et ma raison sûrement pas. Que veux-tu, c'était en nous, dès notre rencontre. Se sentir différents, à part, à côté ou plutôt au milieu en fait. C'est bien cela, au milieu de tous qui s'évitaient du regard et que nous contemplions de face, le sourire aux lèvres. Nous avions cette insolence de vouloir aller partout, d'être reçus par tous et de recevoir tous ceux que nous croisions. Assez effrontés pour se croire tous identiques pour parler de nos différences. J'y croyais tu sais, oh j'y ai tellement cru... Et c'était beau vraiment, j'aurais aimé que tu vois tout cela. J'ai vu un mur tomber, j'ai vu des frontières s'effacer, les mêmes frontières que mes grand-parents se devaient d'haïr. Mais voilà, chez nous, on ne haïssait pas. Je ne sais pas bien pourquoi dans le fond, mais cela ne se faisait pas. Je crois même que personne n'en avait eu l'idée. "On est bien tous fait pareil!". J'ai grandi dans l'idée qu'on ne jugeait personne sur son nom, sa couleur de peau. On ne juge pas la face, on juge les mains. Que fais-tu, quel chemin prends-tu? C'est ce que tu fais qui compte, ce que tu choisis de faire, de construire ou bien de brûler. Tout le monde a un choix et une voix, c'est l'idée de la démocratie. 

Si nous étions en démocratie quand tu es né, nous l'étions aussi quand on a décidé de partir, un jour. Un soir en fait, je m'en rappelle. Pendant très longtemps, je me suis persuadée que nous étions partis pour toi et pour ta soeur à venir. Que ce serait mieux là-bas, que vous échapperiez à la moquerie quotidienne, au mépris parfois, au rejet peut être. Je voulais que tu es le choix, tous les choix. Celui d'aller où tu veux, de faire ce que tu veux, de te tromper et de changer, d'aimer qui tu veux. Une idée assez simple de la liberté dans le fond. Je pensais être partie pour toi parce qu'au début j'ai cru que j'avais un prix à payer dans cet exil. J'avais des regrets, enfin un peu. Il me manquait certaines choses, des petites et des grandes. Des paysages, des perspectives... Mais bon, on ne reste pas seulement parce que la vue est belle. 

Ensuite, j'ai pensé que j'étais partie pour moi. Parce que je ne voulais pas faire face, je ne voulais plus revendiquer, expliquer, enseigner la différence. Je ne voulais pas être un cas d'école, une exception qui confirme la règle. Je ne voulais pas affronter ce que je voyais arriver et s'installer : le mépris appliqué de certains, la stigmatisation des autres. Quand on commence à catégoriser les hommes, on en retire l'humain. Je ne voulais plus ouvrir ma gueule et porter l'étiquette de celle qui revendique. Je savais que d'autres le ferait, sûrement mieux que moi. Évidemment mieux que moi. 

Et puis il y a eu ce jour noir et froid où je n'ai plus rien su du tout. Où j'ai eu peur, où j'ai pleuré, où j'ai été si triste comme jamais. Un jour où je me suis sentie lâche d'être au loin, heureuse dans mon échappée. Lâche de ne pas être restée pour revendiquer, pour expliquer, pour enseigner. On n'est jamais assez nombreux semble-t-il. Un coup aux tripes et au coeur à ne plus savoir ce que sera fait demain à part continuer tout encore plus fort. Ton père m'a dit que non, nous n'étions pas lâches, que chez moi il y avait encore une belle et solide relève, debout. Que chez lui, là-bas, il n'y avait plus personne déjà. Les bras et les cerveaux se sont tous enfuis au loin. Le pays n'existerait plus dans quelques années. Et tu vois, il avait raison, ton nom n'est que le vestige d'une histoire passée, un signet pris dans une page tournée. J'ai décidé de construire ici, d'expliquer ici, d'enseigner ici, de partager ici. Je ne sais pas si c'est plus facile, je suis cependant certaine que des fruits y poussent, que tu pourras les récolter et les porter avec toi. Va semer leurs graines où tu le voudras. Je suis venue ici pour cela, pour faire et pour que tu puisses partir à ton tour si tu le souhaites.

Ce jour-là noir et froid, j'ai détesté avoir peur, j'ai refusé de rejetter. J'en ai voulu à ceux qui ont fait naître en moi ces sentiments. Parce que ce n'était pas moi, ce n'est pas ce que je suis, ce que je fais. J'ai regardé mes mains et la honte ne les tâchait pas. Elles étaient remplies de larmes pourtant. Regarde les tiennes à présent, que fais-tu d'elles? Que feras-tu demain? Où iras-tu, qui les tiendra tes mains? Sauras-tu aimer autant que je t'aime? Mon coeur, je l'espère, car ta seule et unique identité est là : AMOUR.

Soulages _ sans titre

 

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08 janvier 2015

Je-suis-Charlie

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