de Lune aux autres

09 novembre 2014

La couleur de la terre

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C'est un thème récurant par ici. Ne pas pouvoir se résoudre à devoir faire des compromis. À délaisser une idée pour conserver l'équilibre d'une autre. Ne pas oublier les petits, les devoirs et les vouloirs. Ne pas oublier l'alter ego sous peine de flancher toute seule de mon côté. Ne pas oublier les obligations : celles qu'on nous donne et celles qu'on s'impose. Et puis au bout de la route, au bout de la nuit ou du petit matin blême souvent, ne pas s'oublier soi-même. 

Je pense que je me mens beaucoup à défaut de mentir aux autres. Je me dissimule les réalités et elles grossissent en cailloux sur mon chemin. Je me planque derrière des évidences, des inévitables. Elles me rattrapent au tournant et c'est souvent en pleine face que je me les prends. Aller, arrête de pleurer et tu sais bien que faire vaut mieux que dire la plupart du temps. Tu as voulu tout cela, tu as couru après pour aller plus vite que les autres, plus vite que le temps. Tu le savais bien pourtant. 

Les couleurs de l'automne s'effacent déjà. Les pourpres se fanent et la lumière s'en va. Nous plongeons dans le gris, l'intérieur, le chaud et les épaisseurs. Tu sais que tu aimes ça. Embrasse tout puisque cela ralenti. Prend le temps qui n'est pas encore parti. Dis-leur que tu veux rester, que tu resteras même quand ils t'auront quittée. Ce n'est pas une mélancolie, c'est une peau morte qui se déplie doucement, qui glisse le long de mon corps centimètre par centimètre. Elle est encore accrochée; il ne faut pas la tirer, juste la laisser partir. Un jour, tu la chercheras et elle ne sera plus là. 

C'est le temps des morts et du dedans. C'est celui de l'introspection et des grands vents. Novembre m'est doux autant qu'il m'est violent. C'est une piqûre de rappel pour se sentir vivant, de sang et d'os et de comprendre que notre tour viendra bien assez tôt. 

C'est la couleur de la terre hier et aujourd'hui.

PJ Harvey - The Colour Of The Earth HD

 

 

Mark Rothko _ Numero 14

 

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22 août 2014

Accélération

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Le vent souffle frais et les nuits sont plus au repos. La ville bourdonne à nouveau mais les pressés croisent encore des jambes qui se laissent bronzer sur un banc. Tout le monde sait que les heures chaudes vont durer ici, que septembre sera tendre et octobre doré. Les heures indiennes sont parmi les plus belles de l'année. Il n'y aura rien à regretter. Peut être du temps perdu à ne rien faire, mais non. Peut être des listes à peine entâmées, non plus. Peut être trop de silence mais vraiment je ne crois pas. 

Je ne sais plus très bien ce qui est urgent et ce qui ne l'est pas. Je suis sans repère de temps, d'obligation et si cela peut être grisant, je vois bien que cela ne me correspond pas. Il me faut des limites imposées, il me faut du rythme soutenu et pressé. Il me faut des semaines planifiées sur papier pour tout défaire chaque jour. Il me faut du plein pour apprécier le jour. Pour aimer ralentir, m'arrêter, regarder et apprécier. J'ai fait beaucoup de vide ces dernières semaines. Ce blog a bien failli y passer. Je ne veux plus remplir pour combler. Je veux continuer à évaser, à construire autours d'une réserve cachée qui sera la source d'une énergie renouvelée. Je dis je veux pour me convaincre de cette nécessité. Parce qu'il n'y a plus de temps, parce que c'est trop gâché et parce que nous deux. 

La liste diminue quand même, elle se raye en accélération. Nous serons de nouveau ensemble dans quelques jours et il faut que cette liste disparaisse d'ici là. C'est mon obligation imposée. Rien d'autre ne me force à courir dans tous les sens que l'envie d'en avoir fini. Pour recommencer.

J'accélère, la vitesse de croisière n'est pas si loin et la pente est douce.

 

Nicolas de Stael _ Sicile

 

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09 août 2014

Une robe d'été

laurencin-le-bouquet

Et il ne s'est même pas retourner! À voir son expression outragée, elle s'attendait à mieux, un regard au moins, un petit glissement d'oeil. Elle l'a frôlé de l'épaule et il n'a rien dit ou fait, il est passé sans s'arrêter, comme un courant d'air à travers une maison d'été. Mais que faut-il donc faire? Que faut-il donc dire pour s'attirer à présent l'espoir d'une rencontre? Elle passe sans cesse sa main droite dans ses cheveux défaits et c'est un signe de grande nervosité. Non, je n'ai pas dit névrose. Pourtant la robe devait être jolie, lègère et virevoltante. Pourtant sa peau bronzée et ses joues rosies, et ses yeux, bordel, tu as vu mes yeux?! 

J'essaie d'être grave et concernée en réfrénant un demi sourire. L'amour n'a jamais été attiré par les désespérés. Il ne sélectionne que ceux qui n'y pensent pas, qui n'y travaillent pas ou si peu. Il touchera ceux qui ne s'y attendent pas. Je lui dis de ne pas forcer les choses, de quitter ce regard de biche affolée et d'opter pour plus d'abandon. À tout vouloir vendre en étalage, qui voudra venir la découvrir? Et puis retrouve ton assurance, ta confiance qui gonflait ta poitrine et allongeait tes pas. Non, je n'ai pas dis défiance. Ce n'est pas un combat, c'est une valse ou même mieux un tango. On se tourne autours, on se regarde on se frôle de la hanche et du bout des doigts et puis on s'enlace, on s'étreint. Tu m'ennuies, tiens. Ce n'est pas si facile que cela. Bien sûr que non, et c'est ce qui lui donne son prix. 

Elle en oubliait son café qui arrivait à refroidir sur la terrasse de juillet. Elle était absorbée à présent et je la laissais se perdre un peu pour ralentir son sang. Elle ne touchait plus ses cheveux et ils dansaient doucement dans la brise. Son visage reflétait son âme et c'était tellement un joli moment. Je me suis levée pour disparaître. Je l'imaginais seule et immobile à cette table rouge sur ce trottoir noir. Je suis revenue et j'ai trouvé encore une nouvelle personne, une autre facette. Elle me glissait alors doucement un petit bout de papier du bout du doigt.

Quelques chiffres griffonnés dessus et voilà que son sourire irradiait tout autours. Quelques chiffres donnés à la hâte par le voisin de table qui lui avait totalement échappé jusqu'alors. Quelques chiffres et tellement de combinaisons possibles à présent! Attends un peu... Laisse-moi au moins imaginer un instant. Elle était repartie. Finalement, sa robe était plutôt jolie.

 

Marie Laurencin _ le bouquet

 

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06 août 2014

Et puis Mozart...

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Il me semble étrange de plus en plus ce besoin d'immédiateté, cette urgence permanente à savoir ce qui va se passer, à être le premier, à devancer la nouvelle. Et puis lorsqu'elle arrive enfin, ne pas vouloir en savoir plus que de la voir. Juste un petit coup d'oeil en passant, on glisse sur le contexte, le regard, sur le contenu s'il y en a un. Et on passe à la suivante.

Une image seulement pour résumer une histoire. Plus la vue nous étreint, plus on obtient la satisfaction d'un sentiment de compréhension, de compassion même. On tolère alors un titre, quelques mots pour souligner mais surtout pas de verbes! Les verbes sont de vilains mots qui forcent votre opinion, qui -comble de dégoût- peuvent même vous provoquer d'émettre un avis voir un désaccord. 

Les mots sont tellement démodés, tous qu'ils sont. Les plus légers comme les plus résonnants. Ils n'ont pas eu la délicatesse de changer, ils continuent de s'aligner bêtement les uns derrière les autres, virgule et point. Où est l'excitation? Une réflexion, une analyse ne peut pas être excitante, cela se saurait depuis le temps. Et puis qui la lirait? Qui soulignerait les passages importants d'un trait de crayon gras, qui découperait l'article pour l'archiver? Oui on peut le faire à l'écran et ce changement-là aurait pu enrichir l'écriture. Mais est-ce moi ou bien ne disparaissent-ils pas? Le vocabulaire s'allège, il se tord parfois vers d'autres horizons et c'est tant mieux aussi. Mais il déteint, il s'étiole, on le stigmatise.

Des heures à regarder défiler des images souvent formatées de la même façon et si peu à lire dans le fond. J'ai pensé l'autre jour à l'absence d'urgence, à notre longue vie annoncée, promise et dûe. Où se trouve le besoin de créer, de produire vite, bien vite avant de disparaître avant même d'avoir commencé? L'urgence n'a-t-elle pas fait avancer, découvrir, engager? Où est notre urgence à présent? Peut être y-en-a-t-il trop finalement... Toutes ses images qui ne peuvent nous échapper nous rappellent celles qui sont loin de nous, tous les jours. Par où commencer alors? 

L'écriture est outil de réflexion. J'écris un mot puis l'efface s'il ne sonne pas juste, s'il n'a pas sa place. Je ne cherche pas forcément à me faire comprendre, j'ouvre une réflexion, une vue, peut être parfois une émotion. Oui j'entre en duel, j'engage, je défend, je pare. Ce sont mes mots, et au-dessus, ce sont leurs images et le travail est dans le fond le même. Soyez conscients, il n'y a pas d'instantané ici. Il n'y a pas d'immédiateté. Repassez dasn une semaine ou un an, tout restera à sa place. Vous êtes entrés dans un espace vide de temps. Et puis Mozart est mort à 35 ans.

 

Wolfgang Amadeus Mozart _ Phantasie für eine Orgelwalze

 

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05 août 2014

À vider

goodhousekeeping

Cela ne fait que quelques heures qu'ils sont partis et déjà je sais que ces jours sans eux ne suffiront pas. La liste de mes envies, de mes besoins s'allongent de minute en minute et j'aurai beau faire, tout ne tiendra pas.

Définir les priorités n'est pas mon fort. Tout est prioritaire, rien ne peut supporter d'être laissé de côté pour plus tard. Quand le temps sera là, quand ce sera leur tour. Je lance tous les chantiers en même temps : nettoyer, trier, vider, jeter et jeter encore. Vendre aussi, tout ce qui peut l'être. Faire un grand vide pour du mieux être. C'est fou ce qu'on accumule en peu de temps. Et l'envie d'autre chose, et l'envie de rien du tout. Du vide tout autours pour que nos idées circulent mieux. Du vide pour qu'ils grandissent encore plus. Du vide pour un appel au silence tout en étant ensemble. Du grand rien avec juste un peu. De l'utile, bien sûr du beau et surtout du confortable. Cela parait si simple, mais le choix est souvent difficile à poser. 

Ah si j'étais seule à vivre ici, ce serait plus simple. Ah, s'il ne tenait qu'à moi. Ah, si je n'étais que la seule à utiliser ses meubles. Mais tout serait si mort finalement. Le bazard c'est aussi la vie et lui laisser la place alimente bien plus de conversations que le vide. Sauf que nous avons dépassé le quota de conversations sur le sujet, et que le silence s'impose à présent. 

Me voici face à une maison monstre qui ne me veut que du bien. Je le sais. Il suffit tout d'abord que je lui allège ses entrailles. Pièce après pièce, étagères après placards, elle sera servile et j'en serai le maître. Même si le temps n'y suffira pas.

 

Coles Phillips _ Girl reading (cover for Good housekeeping)

 

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