de Lune aux autres

20 juin 2016

Il se fait bien tard...

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...et pourtant, j'ai eu soudain l'envie de revenir, de relire. J'avoue. J'avais oublié. Comment peut-on oublier des morceaux de mémoires, de vies? Je me suis sentie un peu étrangère à moi-même et puis, ligne après ligne, je me suis reconnue, j'ai revécu.

L'eau a coulé depuis mon dernier texte. Suis-je encore celle qui pourrait écrire? Il me semble que oui. Une étape est franchie, je retrouve mes instincts d'imagination, d'inspiration. Il suffit d'un jour de chaleur folle, d'une pleine lune indécente et d'un grand coup de vent frais par-dessus, pour retrouver le chemin. Aurai-je encore des moments de vie à décrire? Il y en a eu tellement ces derniers mois, des tristesses et des joies, quelques unes. Saurai-je les dépeindre sans les rendre criardes? Saurai-je retrouver ce petit battement de sang qui faisait courir mes doigts certains soirs? Nous allons croire que oui.

Mais il se fait décidément bien tard, et me voilà étourdie par ces premières lignes après un si long silence. 

Et vous, faites-vous encore du bruit?

 

Peter Ilsted _ Regardant par la fenêtre

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25 décembre 2015

Quand nous serons tous de retour

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Parler du temps qui passe nous permet de le contourner j'imagine. Mais que dire des derniers mois qui se sont échappés? De l'effort, nous pouvons en évoquer plusieurs : de celui du labeur, d'aimer ce que l'on fait et de se donner les moyens de l'aimer encore plus. De celui du don, mais est-ce vraiment d'effort d'ici nous parlons? Où réside l'effort lorsqu'on se livre tout entier à offrir aux autres et à nos enfants en particulier? "We raise by lifting others." est une phrase qui résonne particulièrement en cette fin d'année 2015. Élevons-nous les uns les autres, tendons nos mains pour aider d'autres à monter plus haut, et mieux. Vous verrez, cela rend heureux. Je ne vois pas de joie à regarder quelqu'un au fond du trou, quelque soit la profondeur du trou, par qui que ce soit il fût creusé. 

Et puis l'effort de recevoir, qui est peut être le plus difficile pour moi qui me ferme volontiers aux douceurs et aux attentions dirigées. Apprendre à recevoir autant qu'à donner n'est pas chose aisée si on souhaite le faire en pleine conscience. L'apprentissage de l'écoute active et posée me permet de me redécouvrir tout en découvrant les autres. C'est magique! Le temps se ralenti jusqu'à se suspendre, on entend mieux, on refuse de prendre. On reçoit en respirant. S'arrêter et regarder vraiment. Se taire aussi, le plus souvent. Cela reste un effort pour moi, mais il s'allège avec le temps et mon plaisir s'agrandit, petit à petit.

L'effort d'y croire toujours, de trouver des solutions, de nouveaux angles inexplorés. De croire en quoi? En tout principalement! En l'homme essentiellement. Oui, j'y crois encore malgré des temps troublés. Mais ont-ils été vraiment clairs un jour ou bien étions-nous partis dans des illusions teintées par d'autres? Étions-nous réellement présents jusqu'alors pour témoigner de l'étrangeté de notre espèce? Mais qu'est-ce-qui nous pousse à la souffrance? Pourquoi préférerons-nous la voir au-delà du beau? Parce que le beau arrive tous les jours : il arrive quand la vieille voisine chante à sa fenêtre un chant sicilien de sa jeunesse, quand une voix qu'on avait oublié se fait entendre au bout du fil, quand leurs cheveux s'emmêlent sur leurs fronts endormis, quand ta main effleure la mienne. C'est beau. Je le vois.

Quand nous serons tous de retour, résonnera mieux la voix des vieilles dans nos poitrines.

 

Marc Chagall _ Le concert

 

 

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01 août 2015

Par la porte

Source: Externe

J'ai effacé les quelques brouillons qui s'entassaient dans la liste des messages. Rien n'a abouti jusqu'alors. Je ne suis pas encore sûre que celui-là aboutira.

La vie, vous savez, les amours, les travaux, ce que nous projetons de faire et ce que nous pouvons faire vraiment... Je pense que c'est cela qui me déçoit le plus : le fossé qui sépare le rêvé du possible. Je dois manquer d'ambition. On me dit que je manque de raison. Mais ça, je le savais déjà. 

Le temps file mais je ne me sens pas vieillir. Mon corps me fait remarquer que non, j'ai du mal à l'écouter, à le laisser mener les choses. Je pense que j'ai toujours beaucoup d'énergie, on me dit que j'ai vraiment l'air fatiguée. En regardant les dernières photos de vacances, je me dis que merde, ils ne m'ont pas menti.

Je lis beaucoup les histoires des autres et l'impression que tout est déjà écrit s'inscrute dans mon esprit. Pourquoi vouloir alourdir le monde de mes phrases maladroites? Je pense que tout le monde s'est réfugié dans l'image : on n'y risque moins, on ne dit plus grand chose mais l'interprétation est libre et celui qui passe peut se l'approprier facilement. Alors qu'un texte, franchement! La disparition des mots m'inquiète, elle me confine au silence et à leur contemplation. Je relis des pages tournées il y a longtemps. La démarche est égoïste, je recherche des sentiments passés, j'en découvre de nouveaux. Et curieusement, j'avance.

Je ne suis plus certaine de vouloir écrire mes histoires ici, mais je n'arrive pas à fermer la porte. Elle reste entr'ouverte encore, qui sait, une histoire ou deux pourraient s'y glisser un jour. 

À bon lecteur, salut!

 

Peter Vilhelm _ the open door

 

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14 février 2015

Qu'il est difficile

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C'est dans mon corps que je le ressens d'abord : un mal de tête sourd et lourd qui rend une journée chargée et terne, qui m'aveugle.

Et puis le vent se lève et le grand froid se déverse dans le méandre des rues; il se souffle dans les cols relevés, il fige les tissus, il plisse les yeux et fait siffler les fenêtres pétrifiées de bleu acier. Moins quarante. Il faut le vivre pour le croire. De retour au dedans, il faut reprendre son souffle que la mort blanche a essayé de nous pomper. Le coeur se calme; on se décharne. Seules les vraies chaleurs réconfortent : le feu et le sang. Oubliez les thermostats et l'électricité, nous redevenons animal en survie. 

Se retrouver face à face un moment, se rassembler, se rasssurer, s'observer. C'est bien beau. Le faire pendant les longues semaines que dure notre hiver, brise le charme. Qu'il est difficile de se connaître à défaut de se reconnaître. Qu'il est difficile et excitant en même temps de les voir grandir, de les laisser s'éloigner de nous. Qu'il est difficile de leur confier un bagage qu,on veut à la fois léger et chargé et sens. Que c'est beau quand même de se retrouver après une dispute.

J'aime le blanc, la neige et la glace. J'aime ce grand ciel bleu qui nous aspire vers le haut. J'aime l'air qui fige ma poitrine, qui m'écrase autant qu'il m'élève. Mais chaque hiver, c'est ce qui se passe au dedans qui nous fait grandir un peu plus chaque année. Et peut être celle-ci plus qu'une autre.

Le jour se lève plus tôt. La saison froide s'étirera encore pour de longues semaines ici. Pourtant, le temps du dedans est presque fini. profitons-en encore un peu pour se défaire et se refaire encore mieux. Même si, et surtout si c'est difficile.

 

Vilhelm Hammershøi _ intérieur

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15 janvier 2015

Griffonnage

Enfant_écrivant-Henriette_Browne

Je lis beaucoup en ce moment, je lis plus que je ne regarde des images. Je ne lis pas forcément des pages que j'aime, mais des pages nécessaires. Après plusieurs jours, j'avoue que je me force : je veux lire ces témoignages, je veux comprendre pour pouvoir avancer, je me dois de savoir. Chaque musique, chaque peinture, chaque geste n'ont plus la même signification, ou plutôt, je n'en fais plus la même interprétation. Bien sûr que c'est bouleversant, blessant, inquiétant. Mais j'avoue que plus je lis, plus je griffonne de mon côté, moins je comprends le silence. Je ne comprends pas ceux qui se taisent. Leurs mâchoires closes pour moi se retiennent. Mais de dire quoi? Mais pourquoi? Jusqu'à quand? Je crois déceler une certitude de bonne pensée, la meilleure, celle qui sera au-dessus de toutes les autres. Les mâchoires des bien-pensants me font grincer des dents. Je préfère lire un désaccord, une révolte, l'entendre parce que je veux y faire face, parce qu'on peut construire même contre. On ne peut rien construire dans le vide. Alors que faire du silence? Est-ce une absence de sentiments? Absence de compassion pour des hommes et des femmes? Des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes.Des hommes et des femmes.

La vie reste quand même au-dessus de tout, même des idées bien-pensantes, il me semble. Je continue de lire, de griffonner, de dessiner tiens aussi. J'espère que mes enfants feront de même et les leurs. Et tous les autres. Et tous les leurs.

 

Henriette Browne _ enfant écrivant

 

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