Ses yeux noirs
C'est certainement son sourire que tout le mond retient en mémoire. Un sourire doux et bienveillant, emprunt de mannières lisses et honnêtes, un sourire qui vous enveloppe de bienvenue.
De son pays brûlant, il a conservé les gestes amples et souples, les longues mains aux doigts virevoltant qui tanguent ses paroles en rythme. Une silhouette qui valse, vous emporte l'air de rien, vous élève sur vos pointes de pieds. Parce que vous vous mettez à danser, sans vous en apercevoir, vous glisser déjà. Son tempo vous guide, et il vous laisse là, dans un éclat de rire, il stoppe net le voyage. Vous êtes trop tôt revenu, vous en voulez encore.
Mais il s'éloigne, vous parle en tournant le dos, il part un bras toujours tendu vers vous. Il pirouette encore plus loin, garde vos yeux dans les siens, brilliants et sombres. Au dernier détour de son visage, juste un éclat de l'ombre qu'il porte sous son soleil. Peut être que vous ne la verrez pas, peut être que vous dansiez encore. Revoyez la dernière demie seconde, l'image que l'on guette dans le ralenti, celle qui dit tout lorsque le silence arrive. La petite impression rétinienne qui nous fait penser que, non, peut être tout n'a pas été dit. Le petit indice qu'il nous laisse apercevoir, une fine félure ouverte pour qui veut venir voir. C'est là que je m'agrippe, c'est à cela que je reviens. Je rappelle, je relance, je veux la revoir encore.
Mais il s'esquive, il tourne sans cesse, fixant ses yeux noirs pour masquer le petit poignard planté au-dedans. Il le cachera encore un moment, niant sa douleur, rejetant la guérison qui sauve. Il n'est pas prêt, alors vous ne devez pas l'être. Ne le poussez pas, ne le faites pas trébucher, il ne fait que danser. Un jour, bientôt, il ralentira son tempo et laissera couler la peine par son souffle fatigué. Laisse-le défaire le noeud intérieur, prenez son sourire, prenez ses mains papillonantes, buvez son regard, faites vous prendre par ses yeux noirs.
Françoise Nielly - 6, 2009
Pour eux
J'ai un large espace entre mes bras, un vide bleu tendre qui ne demande qu'à être rempli.
J'ai une eau salée en réserve, un nectar qui s'écoule en sucre lorsque le coeur déborde.
J'ai un noeud tressé en boucle au creux du ventre qui se resserre quand ils s'éloignent.
J'ai des silences tapissés de cris retranchés qui ne sortiront peut être jamais.
J'ai des mains pleines et caressantes qui empoignent et détendent toute la fatigue d'une journée.
J'ai une voix qui sait tanguer leurs minutes béates, faire voguer leur frêle rêve au grand vent.
J'ai une langue qui claque, exigeante et tenue qui les surprend autant qui les fait rire.
J'ai mes yeux, du vert de ma mer, du vert de mon lichen, qui leurs renvoient tout ce que je suis au creux.
J'ai des jambes ancrées dans un perpétuel mouvement, qui les portent et qui les font valser plus haut.
J'ai un souffle léger qui un jour s'est levé lorsqu'ils sont apparus.
J'ai un coeur qui ne bat que leurs rires éclatés sous mon toît.
Voilà tout ce que j'ai.
Pour eux.
Chase William Merritt - Child with prints
J'ai vieilli.
Rien de bien exceptionnel en soi. Je fais bien comme tout le monde : les minutes s'amoncèlent en heures, les jours s'empilent en mois qui s'enfilent en année. Une de plus. Mais elle pèse un peu plus lourd me semble-t-il.
Ces derniers mois ont été intenses : je ne savais pas qu'il était possible de faire autant de choses en 24 heures. J'en ai fait trop. Mais avec plaisir, et même avec récompenses à la clef. Ce que je n'avais pas vraiment espéré.
Il me reste des longues semaines, une accalmie au début de l'été. Les heures chaudes m'aideront à me bercer, me laisser aller un peu. Août passé, je reprendrai un rythme plus humain, plus le mien. Mes idées reviendront alors au premier plan, je saurai me faire plaisir en volant du temps.
J'ai pris une année. Elle est dans ma tête insérée. Elle s'échappe un peu le long de fils d'argent dans mes cheveux. Elle s'est imprimée. Je n'ai pas sû la combattre, trop occupée. Elle m'a cueuillie à date dite, mes parents me l'ont rappelée. Le sommeil à prendre viendra atténuer sa chanson, elle rira moins fort, je sifflerai par-dessus.
Mais pour le moment, c'est fait, c'est dit : j'ai vieilli.
Paula Rubino - Olivia
Aparté
J'aime aller au cinéma seule. Toute seule. Je ne dis qu'à peine que j'y vais, quel film je vais voir, si je le sais déjà. Un titre, une affiche, un thème, un acteur ou peut être tout cela à la fois, un rien m'emporte vers la salle noire et enveloppante. Les émotions ressenties, le parfum de la soirée, son goût, je ne les veux que pour moi. C'est un endroit secret où je m'en vais, où je laisse aller mes idées, mes sentiments au gré d'une histoire qu'on m'impose, de la respiration d'un personnage qui me devient familier. Je suis en abandon contrôlé.
J'aime partir marcher seule. Souvent à l'impromptu, quand une heure s'offre à moi. Je saisi un foulard, des lunettes de soleil, un sac léger, et je laisse la porte claquer. Où vas-tu? Je ne sais pas. Devant, là-bas, un peu plus loin ou bien je retourne dans un coin. Peu m'importe, j'attaque l'asphalte du talon, je défille, dépasse les badauds. J'accélère, laisse rougir mes joues, raccourcir mon souffle. J'entre où je veux, resors aussitôt où reste pour des heures. Je fugue, évite les rencontres et discussions convenues. Je rentre souvent avec au fond de mes poches une petite chose de ma promenade pour eux, une brindille, une carte, un morceau de tissu bleu.
J'aime m'enfermer parfois au coeur de la tourmente, lorsque la maison résonne trop fort, lorsque chacun est entré dans son monde, je me retire dans le mien. Un livre, de la laine, du tissu, un cahier aux pages encore blanches... Je me soustrais à leurs vies, j'ignore les appels légers qui s'arrêtent si ma réponse ne leur fait pas immédiatement écho. Isolée mais entourée, je laisse mes idées me guider, elles partent parfois si loin, toujours en avant. Le vent tourne parfois et des résonnances du passé essaient de les retenir. Elles les contournent, les enveloppent et les emportent plus loin.
J'aime souvent être seule. Seule parmi tous.
Sheila Pomery - Woman's room
Sûrement
Ce doit être ce sourire qu'il affiche toujours, même en parlant de choses de tous les jours. Ses yeux qui brillent quand ils se plissent pour accompagner ce sourire. Ce doit être sa peau qui irradie tout autours. Ce doit être tout cela. Et sa voix qui se pose sur son coeur, ses mots sans importance qui le font résonner d'une tendre façon. Elle ferme ses yeux juste pour sa voix, juste pour l'inscrire en elle.
Ce doit être ses gestes, son mouvement d'épaule lorsque qu'il avoue qu'il ne sait pas. Son pas assuré qui danse sur le trottoir luisant. Sa silhouette balancée pour gravir les marches qui montent tout en haut, l'impatience à peine retenue d'une éducation convenue. Ce doit être son bras qui sait la soulever quand elle croit ne jamais pouvoir repartir, ses mains qui courent et qui la font sombrer.
Ce doit être son assurance d'être auprès d'elle demain, dans une semaine, pour toujours. Une affirmation, une seule, qu'il lui a faite il y a plusieurs années déjà. Il ne la répètera pas, elle n'en a pas besoin. Ce doit être sa vision claire et dégagée de ce qu'ils seront, de ce qu'ils feront. Il le sait, c'est tout ce qu'il peut lui affirmer. Et elle le croit.
Ce doit être le temps qu'il faisait ce jour-là, un ciel voilé de bleu tremblant, une lumière diffuse venant de partout. Un réveil brumeux, les idées endormies avant qu'elle ne le vit. Son regard approbateur déjà. Ce doit être le fait de s'être reconnus, assis face à face, un matin de juillet, alors que personne ne les reconnaissait. Tous les autres ont douté tour à tour. Ce doit être leur résistance à la distance, au temps séparés. Un lien tissé invisible de tous, des autres encore.
Ce doit être un peu de tout cela, ou peut être rien du tout.
Ce doit être l'évidence, ou juste être fous. Sûrement.
Sir Frederick Leighton - The golden hours
Blanc ou pas
Ce matin tout était blanc, éteint, doux et vibrant. La neige recouvrait le dehors de lumière et faisait se taire les sons de la ville. Le soleil nous hurlait de sortir au plus vite pour profiter de ce spectacle. Il n'a pas duré longtemps.
Tout est déjà reparti, glissé dans les égouts. Le blanc manteau s'est retiré. L'hiver nous manque. Il ne veut pas s'installer. Peut être est-ce de l'avoir trop craint? Il ne veut plus nous voir, nous ne méritons pas sa présence. Les luges sont toujours au mur, les écureuils sortent et rentrent à leur guise. Ils nous interrogent : hein? Quoi? C'est le printemps oui ou non?
Je n'ai fait que dormir depuis 4 jours. Un sommeil réparateur et lourd. Un travail était fini, j'en attend un autre. Je suis en pause, recluse. Des papiers à taper encore pour faire valider les choses. Un coup de tampon pour me faire avancer. Et j'avance.
Le blanc m'obsède. Un pinceau en tête, je sais déjà ce qui virera bientôt. Du blanc, de l'éternel. Une suspension des minutes folles qui défilent ici. N'ai-je pas dis des heures? Blanc comme ma nuit, blanc comme l'été qui viendra bien un jour même si l'hiver nous fait défaut. Mais je n'ai pas froid. Pas assez encore. La glace n'a pas eu raison de mes doigts. Je patine même les mains nues à présent, pour mieux ressentir la caresse du vent.
Blanc demain.
Lawren Harris - Snowfall
Le coeur des femmes
Mais qui s'en soucie vraiment? Qui prend le temps de l'écouter et de respecter son tempo? Oui on en disserte, en prose, en quatrain, en mots rouge ou verts et ce depuis longtemps. On le chante et le vénère, on lui construit des temples, des châteaux ou des tombeaux. On peut le sertir d'or pour lui prouver tout l'amour qu'on lui a porté. Mais il est trop tard alors.
Le coeur des femmes est souvent confondus avec d'autres : celui des amantes, des maitresses et des jeunes filles amourachées, celui des mères, des nourricières, celui des soeurs, des amies, des confidentes, des muses, celui des vieilles dames, des aïeules, des saintes. C'est ici les sentiments, les émotions dont on traite en sujet, tout ce qui n'est pas tangible, tout ce qui est incertain à saisir, qui est changeant, mouvant et qui parfois prête à rougir.
Je veux ici parler du muscle. De la petite machine pompante qui martèle chaque seconde de notre souffle, la mécanique qui ventricule, fait tourner notre sang, tout le temps, sans cesse. On parle de la chair, de réseaux artériens, de valves, de tronc, de ventricule, d'oreillette et de veine cave. Le connaissez-vous vraiment votre coeur? Savez-vous qu'il n'est pas plus fort que ceux des hommes?
Vous l'entendez, certes, mais l'écoutez-vous vraiment? Une petite fatigue, juste un peu de nausée, sûrement une mauvaise nuit, un sac trop lourd que j'ai porté... Êtes-vous certaines? Je ne le suis pas. Une vie trop pleine, des stress à gérer, une carrière à mener, une famille à élever, un partenaire à aimer et toujours plus qui s'ajoute à la liste, aux listes. Une nouvelle génération de femmes tombe et plus que les hommes. Elles s'effondrent seule, à la sortie d'un taxi, en débarrassant la table du soir, en sortant de chez le boucher, dans le couloir de leur bureau... Elles tombent d'un coup, un seul. Personne pour les rattraper. Leur coeur s'est arrêté. La cinquantaine à peine passée. Arrêt du coeur, c'est tout. Il y a sûrement eu des signes avant coureur, mais aurait-il encore fallu vouloir les lire : une toute petite fatigue, à peine un mal de coeur... Nous nous ne connaissons que trop mal. Nous assumons parfois plus que notre corps ne peut assumer.
Depuis quelques mois, je vois tomber plusieurs de ces femmes. La dernière le 15 décembre dernier. Elle finissait sa journée, avait à peine claqué la porte du taxi. Son coeur s'est arrêté, là sur un trottoir gelé. Il ne sera pas disséqué, on ne va pas commencer à aller le déranger : on n'est jamais allé s'en occuper. On ne saura pas l'origine de la panne. On ne fera pas de lien avec le rythme de vie, la contraception, le manque de sommeil... On regrette sa générosité, son amour pour ses trois filles, sa compassion et son ouverture vers les autres. Je vous le rappelle : on chante un coeur, on ne pleure pas un muscle.
Je regarde mes journées, mes semaines de planning différement. Je veux écouter mon coeur à présent, ressentir ses contractions, évaluer ses pulsations. Ma petite machine, à part moi, qui s'en soucie vraiment?
Mia Bergeron - Red Dress I
Citoyennes
Il y a celle que je suis, ancrée au plus profond. Celle-là réagit par le coeur, laissant souvent sa raison de côté. on ne peut être totalement raisonnable quand il s'agit de racines profondes, de lourds rochers séculaires et de sang bouillonnant. Non, cette identité-là n'est pas pondérée et réfléchie, elle me vient des tripes et peut se nicher dans mes larmes lorsque le son d'une cornemuse retendit au coin de la rue ici. C'est ainsi que nous nous reconnaissons, nous flottons sur nos vagues.
Il y a celle du territoire, là où je suis née. C'est arrivé là, cela aurait pu être ailleurs, et même ici déjà. Le destin, le hasard, ou bien les deux à la fois ont décidé de ces papiers-là. Je n'en suis pas fière, je ne les renie pas non plus. Mais en lisant ces lignes, République française, je m'aperçois que je les ai plus souvent cachées que chantées. Au long de mon parcours, j'ai eu souvent à en rougir ne trouvant pas d'excuses, ne cherchant pas de justifications. Je ne m'y retrouve pas. Pas beaucoup, plus tellement. Non ce n'est pas récent. J'ai enflé cette distance il y a bien longtemps, un soir d'octobre, j'avais tout juste onze ans. Les papiers sont en sommeil, je les réveille juste de temps en temps.
Il y a celle d'aujourd'hui, que j'ai souhaité et que je construis. Elle est en questionnement, on lui répond, on l'écoute. Elle avance, se sentant accueillie, et même attendue. Elle et d'autres aussi, qui viennent de partout jusqu'ici. 76 d'entre nous se sont levés un matin d'été. La main droite levée face à un drapeau déployée. 43 nationalités. Le plus jeune avait 3 ans, il était afghan. L'ainée en avait 86, elle portait sa robe traditionnelle des hauts plateaux du Tibet. Les cheveux natés, les yeux brillants et les mains jointes, elle a salué la juge anglo-protestante qui nous assermentait. Les deux Canadas se croisaient. De ma nouvelle citoyenneté, c'est cette image que je veux garder. Un échange entendu, une reconnaissance réciproque et surtout une volonté commune d'aller de l'avant. Ensemble. Tout n'est pas parfait, tout le monde ne se rallie pas à cette union. Mais les efforts développés montrent l'enthousiasme et l'envie de faire. Deux mots que je n'avais pas entendus depuis un long moment. Deux mots que je n'avais que rarement vus mis en application.
Mes papiers sont en ordre, premiers, seconds, derniers. Malgré tout cela, je voyage léger.
Marc Chagall - Ange bleu
Premier jour
L'hiver à peine arrivé, il s'est retrouvé chassé. La neige nous aura servi pour quelques glissades, son voile blanc s'est effacé dans la nuit. Le vert est encore présent, les roux l'encadrent, les odeurs ramènent l'automne. Les écureuils nous regardent interloqués : hein, comment? L'hiver est-il déjà passé?
Le rideau de pluie s'est écarté pour des rayons de soleil ce matin et c'est juste ce qu'il me fallait. Un ciel d'outre atlantique, une ambiance de décembre granit. Entre filles nous avons chaussé nos bottes et nous sommes allées marcher dans les flaques. Juste une balade qui ressemblait à celles que j'ai pu faire dans les rues briques anglaises. Le flic-flac me projettait là où j'ai le plus de mal à oublier. Un pays qui n'est pas le mien mais auquel je suis sincèrement attachée. Albion me manque plus que de raison. Ma nostalgie me trouble, elle ressemble presque à un présage, une intuition. Mes errances y aboutiront peut être un jour, ou plutôt un soir. J'y arriverai de nuit par le dernier ferry pour m'engouffrer dans un taxi luisant noir. J'entends le bruit du moteur.
Elle l'interromp de sa petite voix : "Oh, le gelato des glaces est ouvert!". Nous nous sommes attablées puisque ce n'est plus l'hiver, chocolat pour elle, amaretto pour moi. C'est vers le sud que je suis repartie cette fois. Vers un pays que je ne connais que par les yeux des autres, que j'aimerais beaucoup voir pour le croire moi même. Un vieux couple assis à côté de nous est arrivé ici dans un ferry, de nuit. Ils ont laissé Palerme pour reconstruire leur vie. Leurs mains caressent leurs souvenirs, leurs yeux me confirment qu'ils n'ont pas de regret. Elle termine ses phrases, il la laisse faire. Pour les yeux de ma fille, l'homme s'est mis à chanter un air de sa jeunesse passée. Les petites mains ont longuement applaudi : "C'est beau le zitalien, hein maman?". Je ne l'avais pas oublié.
En rentrant, nous avons rencontré Sergueï qui finissait son réveillon un café à la main. "Je vous parlerai demain. Sinon je vais tout oublier." Le chat nous attendait à la fenêtre.
" Mais où est-ce-que vous étiez?"
Un peu là bas, un peu partout et même en Zitalie cette fois. C'était le premier jour, il est presque achevé déjà.
Catherine Jeffrey - Yonge street patterns Toronto
Année ancienne
2011 agonise. Elle s'éteint doucement ici à l'abri, à peine éclairée par quelques lumières, réchauffée par les plaids ou les laines se mélangent en couleurs. Elle s'est déjà endormie sous les paupières de la plus petite, son souffle léger l'emporte déjà vers demain, une année nouvelle.
2011 restera dans ma mémoire pour autant de bons que de tristes souvenirs. Il y a des années plus pleines que d'autres et celle-ci en fera partie. De la distance encore, celle que j'ai voulue et celle qu'on m'impose. L'une que je sais mieux gérer et l'autre qui m'attriste toujours. De l'attention, celle que je porte volontaire, consciente et sincère et de celle que je ne porte plus, par manque de temps, de volonté aussi il faut bien l'avouer. Des larmes, d'inquiétude, des larmes blanches qui coupent l'âme en deux. Des heures à attendre un résultat pour un sang soi-disant mauvais. De la tourmente pour de longues et nombreuses minutes assassines, à en regretter de ne pas savoir prier. Mais seulement des minutes pour nous, alors que d'autres passent leur vie dans pareille inquiétude. Des larmes de compassion pour des personnes parties trop vite, trop tôt ces trois derniers mois. Accompagner ceux qui restent, ne pas regretter d'être toujours là. Parce que la vie c'est aussi cela, nous en faisons tous partie.
Des larmes d'émotion, souvent, à les voir grandir ensemble, frère et soeur si unis malgré les ans qui les séparent. Les trouver beaux, bons aussi et souhaiter qu'ils le restent toujours. Des larmes de joie de voir de nouveaux yeux bleus rejoindre la famille. Une petite fille si douce et si rose que j'oublierais presque la sensation de revoir mon petit frère, en robe cette fois-ci. Une petite cousine qui partage les bras des grands-parents là-bas. Un peu le coeur serré d'être au loin, de ne pas la voir grandir. C'est ainsi. Des joies pleines et d'autres fracassées. Jamais année n'aura été aussi chahutée. Des promesses que je n'ose plus dire sans être certaine de pouvoir les tenir. Ma conscience se tache de tout ce que je n'ai pas pu dire ou faire. Des changements voulus qui aboutissent plus vite que prévu. Pas assez de temps mais tellement d'envie. Et on me souffle que cela me va bien. Alors j'avance, et je suis en vie.
2011 je ne te regretterai pas. Mon regard se tourne déjà vers tout ce que je ne connais pas.
Paul Klee - Fig tree










