Les mains de Jeanne ne brodent plus. Elles ne caressent plus le tissu, ne déroulent plus la laine.   Elles ne pétrissent plus non plus. Mais les mains de Jeanne parlent encore de tout cela, elles montrent chaque ouvrage, chaque plat, chaque caresse faites durant sa vie.

Les mains de Jeanne ne s'agitent plus guère depuis que les autres mains aimées sont parties. Celles qui complétaient les siennes, les remplissaient, les unissaient. Esseulées, les mains de Jeanne se croisent, se posent sur ses genoux et attendent de les rejoindre encore une fois.

Elles tremblent souvent. De plus en plus. On pourrait y voir de l'impatience, de ne plus pouvoir attendre. Mais c'est aussi de la peur, et si tout cela s'arrêtait vraiment pour de bon.

Pour apaiser les mains de Jeanne, il faut les saisir, les guider et leur permettre de refaire chacun des gestes faits et refaits par le passé. Elles choisiront d'elles même le moment de lâcher le fil.

Pour combler les mains de Jeanne, elle lui apportera les mains de sa fille qui s'éveillent à la vie. Les petits doigts leurs parleront de la suite, de ce qu'elles ne toucheront pas.

Elle espère seulement que d'ici cette rencontre, les mains de Jeanne attendront patiemment, croisées sur ses genoux.