Ycroireoupas

Il était absolument hors de question d'en parler, irrémédiablement impossible d'avoir quoi que ce soit qui y fasse référence chez eux. Pas une image, pas un livre, pas un objet; ça ne servait à rien. Tout cela n'était que foutaise et il était impératif de ne pas s'y soumettre par jeu social.

Combien d'arguments, de supplications ont du être versés par les aieulles pour qu'un baptême et puis deux soient honorés? Pour elles, ils ont cédé. Elle fut donc baptisée, en petit comité.

Tant d'énergie et de véhémence cachaient bien quelque chose. Elle aurait aimé en savoir plus, au moins le pourquoi réel de ce refus. Il lui fallut attendre quelques années pour aller trouver elle-même les livres, tous les livres, pas un seul, mais bien tous. Et de les lire, un à un, sans ordre précis, sans hiérarchie aucune.

Mais qu'y avait-il a chercher là -dedans? Que devait-elle y voir? Pourquoi aucun message particulier ne sautait à ses yeux? Oui elle les connaissaient les dogmes, les raisons universelles qui font de nous tous une humanité. Bien sûr, ils lui avaient transmis cette connaissance là . Peut être cela suffisait-il après tout et que tous ces livres n'étaient que vieille littérature...

Refermées les pages, elle continua son chemin, l'oreille aux aguets. On ne sait jamais. Une âme convaincante pourrait peut être l'éclairer. Elle ne l'a pas encore rencontrée. Pas celle là . D'autres on expliqué, argumenté, loué. Parfois avec la même fougue que celle avec laquelle ils lui avaient démontré l'opposé. Mais non. Elle n'y était toujours pas.

C'est un lieu qui l'aura fait douter. Un de ces endroits choisit par l'homme mais à qui l'idée originelle avait été soufflée. Les pierres faisaient échos à la nature qui les embrassait. Tout semblait être posé là  depuis toujours et pour toujours. Elle s'assied et contempla. La paix et la sérennité qu'elle éprouva alors la firent sursauter; serait-ce cela? Le message était-il ici?

Alors elle revint. Plusieurs fois, pour vérifier. Et à chaque visite, la même vague l'emplissait.

Lentement, elle se rappela de ce petit lac en Forêt noire à la tombée du jour. Assise dans l'ombre tiède, elle avait suspendu son souffle pour ne pas interrompre l'instant de grâce. Ce qu'elle ne savait pas alors, c'est que sa présence faisait aussit partie de l'équilibre.

Et ces dunes écossaises, balayées par le vent. Et cette fontaine fraîche de faïence bleue frappée de soleil blanc dans une ruelle de Barcelone. Et ses rochers; les siens. Quand la lumière d'hiver vient révéler toute leur noirceur. Ses rochers qui l'attendent, et qui ne bougeront pas. C'est peut être grâce a eux qu'elle a pu s'évader.

Puisqu'ils ne changeront pas, elle le pourra. Puisqu'ils sont perpétuels, elle peut être mortelle.

Alors sans vraiment y croire, elle s'en doute. Quelque chose doit bien être là , dans ces lieux, dans ces pauses. Ce doit être doux et enveloppant; elle s'en rappelle. Et cela peut surgir n'importe quand;  il suffit de se laisser faire. Ne pas attendre, ne pas en être certaine. Mais être à l'écoute et de sourire quand le moment revient.

Parce qu'il revient toujours. Elle n'en a aucun doute.