deja

Les jours défilent. Il n'est pourtant pas si loin celui ou les mains sages la posèrent sur mon sein. La première fois. Ses pas sont toujours hésitants, sa langue la trahie beaucoup, ses doigts se font pas ce qu'elle voudraient faire d'eux.

Et pourtant...

De mes mains, de ma voix elle a encore beaucoup besoin. Les moments chauds, nichée tout au creux de nous, elle les recherchent encore souvent.

Mais voilà...

Déjà elle s'éloigne. Elle reste seule dans sa chambre et je l'entend s'inventer son monde. Chaque jour un peu plus longtemps. 21 minutes aujourd'hui. Son regard porte parfois les absences qui ne sont que les siennes. Elle est ailleurs, elle s'évade.

Déjà elle apostrophe, interroge, s'étonne, alerte. Sa communication s'aiguise et ses intonations se précisent. Elle s'essaie à l'humour et fait rire chacun tour à tour. Des inconnus elle recherchent le regard, hèle parfois un passant qui l'intéresse. Je la vois déçue lorsqu'elle est ignorée. Ou alors à peine froissée.

Déjà elle danse. Elle marque son pas, elle signe ses gestes de petites manies, de petites manières. Si fille, si singulière. Les signes de la jeune fille qui sera la jeune femme se trahissent parfois. Enfin je le crois. Enfin, j'aimerais bien que cela soit ceux-là.

Déjà elle aime, charme, et puis se laisse séduire. Ses yeux s'aiguisent quand bon lui chante; ils se noircissent aussi et cela m'enchante. Qu'elle garde cette assurance, cette volonté tendre de faire ce qu'elle veut sans perdre l'autre en chemin. Elle nous étonne, elle nous impressionne.

Déjà elle est elle-même, si petite, si blonde et déjà tout son monde.