JS_After_the_Bath

J'ai toujours aimé partir.

En avance, penser au départ, regarder ce qui m'entoure pour mieux m'en imprégner. Écouter plus près ce qu'on me dit pour retenir l'essence des échangées. Respirer plus fort, emprisonner dans ma mémoire tous les parfums au plus profond pour les laisser me surprendre quand ils me reviendront.
Tout prend alors une intensité fascinante. Tout semble plus vrai, plus réel. Pour un geste, pour une étoffe, un petit bibelot ou un simple gâteau, les sens s'émerveillent.

Partir pour mieux retenir, pour retenir le meilleur.

Et une fois la porte franchie, les yeux droit devant, le nez hume l'air nouveau. Porter sa mémoire non pas comme un fardeau mais comme une petite balle légère. Ne pas oublier ceux laisser derrière. Se rappeler à eux, me rappeler de leur voix, de leur manières. Ne pas s'émouvoir toujours, mais de temps en temps se ramollir le cœur.
Partir me semble plus facile. Pas forcément moins lâche d'ailleurs. Mais qui sans quitter le nid peut savoir le courage nécessaire pour glisser vers l'ailleurs? Partir est plus doux, ça l'était pour moi.

Je ne pars plus. Je reviens. L'expérience est différente, elle me parait plus dérangeante. Une ancre me retient à présent: un leste que je ne veux pas lâcher. Je ne suis pas encore sure d'embrasser la situation. Je m'observe, j'avance à tatillon.

Ce sont à présent les autres qui arrivent puis repartent, un balai de migrateurs. Ils viennent le plus souvent pendant la chaleur. Secrètement, je pense qu'ils ratent le meilleur. Je ne le dirais pas encore, pas trop fort.
Ils viennent et s'en vont. Il faut être celle qui reste et qui regarde un dos s'éloigner. L'un après l'autre, cela me semble plus aisé. Je crois même qu'aujourd'hui cet état me plaît, commence à me plaire.

Je découvre l'intérieur, le reclus. C'est étonnant, c'est inconnu. Mes murs sont des voyages, de larges pages blanches, vides d'images, pleines de promesses.

Joaquin Sorolla - Après le bain