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Ils t'auront déterré encore une fois. Je ne crois pas que cela te plaise. Il me semble le lire dans ton regard droit. Mourir adulte ne peut créer de malaise. Mais pour un poète, dis moi...

Ton visage adolescent couvrait jusqu'alors mes souvenirs. Qui d'autre aurait pu écrire tous ces maux, ces violentes souffrances? Seul un visage frêle, imberbe irradié sur papier sensible pouvait me faire vivre ses transes.

Mourir à la quarantaine, on n'est déjà plus un enfant. Mais c'est pourtant tes jeunes années qui en ma mémoire restent gravées. Tu ne m'en voudras pas j'espère d'être déçue de t'avoir revu. Il ne nous est pas donné d'arrêter le temps. Il me semble que tu l'as retenu.

Ta tête légèrement penchée, les yeux tendus vers l'objectif, tu es figé dans ton absence. Savais-tu déjà ta fin? Savais-tu qu'elles nettoieront ton existence? Des lettres, des textes à jamais réduits en cendres. Si peu à relire. Peut être l'avais-tu souhaité ainsi.

Ne juge pas ma candeur d'âme, il me plaisait de te rêver jeune et à sang vif. Et voilà qu'au détour d'une vieille malle, tu nous reviens presque respectable et maladif.

Je ne te retiendrais pas plus longtemps. Je dois te laisser repartir. Il me tarde à présent, de te retrouver jeune Arthur dans mes souvenirs.

Arthur Rimbaud à 30 ans - Aden, Abyssinie (photo récemment retrouvée)