lepicie_jeunehomme

Il faisait encore frais le matin. Nous nous étions couverts pour sortir au parc voisin.
Les arbres à peine nus se teintent de vert criard, certains d'ocre jaune soleil. L'herbe est réapparue et on s'étonne à chaque printemps de toute cette renaissance d'une nature désolée, séchée et brunie par les vents.
Les écureuils courent entre nos jambes, les oiseaux chantent en furie le renouveau. Tout le monde se rue dehors, les peaux apparaissent, les corps se font beaux.

Le vent fier se rappellent à nous au détour d'une ombre. Ce n'est pas encore l'été, il ne faut pas confondre.
Les enfants les joues et les yeux rougies par les longues heures extérieures, semblent ivres et titubent en riant leur bonheur.
Le parc était recouvert de gens, en tapis, par grappe. Des couleurs, des bavardages et de la guitare autour d'une nappe.

J'aime leur fébrilité de jouir de la lumière. De laisser profiter chaque parcelle de son corps de l'air nouveau, de la chaleur.

L'exercice réchauffe le jeune grimpeur. Les boucles collées au front, les joues écarlates : Je peux enlever mon manteau maman?
Et là, dans un geste sûr et efficace, je l'ai vu pour la première fois : le jeune homme en mon fils qui se cache. Le mouvement de cou, les sourcils pincés, l'épaule qui se détache. C'est lui, il arrive doucement, il est apparue seulement.

Dimanche, j'ai gardé serrer son manteau dans mes mains, il faut le dire, un peu perdue.
Mon petit garçon venait de me laisser sa nouvelle mue.

Nicolas-Bernard  LÉPICIÉ - portrait d'un jeune garçon