juanmiro

Il m'étreint parfois un sentiment étrange, sourd et persistant. Une chaleur blessante qui s'installe au détour d'un chagrin et qui prend sa place pendant quelques temps. Les yeux lourds brûlent et la gorge se serre un peu plus. Le besoin de survie, de s'aérer, de marcher droit devant  pendant des heures, seule et sonnée.

Que sera la vie ensuite? Après lui avoir déjà tant donnée, après avoir beaucoup pris? Trop de joies et si peu de peine, il ne se peut que cela dure, que cela tienne. A voir autour de nous ces souffrances, ces peurs, ces tristesses... Il ne se peut qu'elles nous évitent pour toujours, elles viendront bien un jour.
Alors je les redoute, je les anticipe. A quoi bon me direz-vous? Si nos jours un à un coulent, quelle raison d'imaginer le précipice?

C'est que le bonheur doit être payé. C'est ce que j'ai retenu, ce qu'on m'a fait observer. Il a beau me dire que nous n'avons rien à expier, que tout ce que nous avons nous l'avons mérité. Je le crois, je veux le croire, je n'y crois pas toujours.

A la chaleur de Mai, ma main dans leurs boucles collées, je ne peux m'empêcher d'y penser. J'aimerais par dessus tout leur transmettre le bonheur d'aimer et d'être aimé. Qu'ils ne doutent pas un seul instant que tout cela est à eux, qu'ils le prennent et le distribue, qu'ils donnent le double de ce qu'ils ont reçu.

J'aimerais ne pas leur dire qu'ils le paieront un jour. Je crois que j'aimerais tant qu'ils ne souffrent pas d'amour.

Juan Miro - titre inconnu