Breton_Boys_Bathing_1888_xx_Paul_Gauguin

Il connaissait la nouvelle depuis près de deux semaines déjà; mais il n'en avait rien dit. Seule une légère ombre était venue se poser sous ses yeux. La fin de l'année, les premières chaleurs et les longues heures au dehors ont servi de raisons.
Mais elles n'étaient pas les bonnes. Je suis toujours surprise de voir sa résistance, de voir qu'il puisse endurer certaines choses seul, tout seul. Que cette solitude volontaire lui permet de faire son petit chemin vers une solution, une délivrance. Il s'endurcit peut être un peu mais je décèle surtout une source généreuse de compassion, de compréhension. Souvent à sa façon.

Ils sont inséparables. C'est bien simple, quand l'un apparaît, l'autre le suit de près. Le blond, le brun. Ils se complètent, ils forment une paire jamais triste, parfois colère mais pas pour très longtemps. A la vie à la mort disent-ils en riant très fort. Je ne peux m'empêcher de croire qu'ils savent très bien de quoi ils parlent. Sous les farces et les grimaces, se cache quelque chose de plus profond qu'une franche rigolade. Un privilège de l'enfance : vivre légèrement les choses graves, pouvoir aborder tous les sujets de face sur un ton léger et frondeur.

Mais bien sûr qu'ils savent déjà.
Que tout a une fin, que parfois cela fait mal, qu'on ne fait pas toujours ce que l'on veut. Surtout à 7ans et demi. Qu'à leur vie s'impose tout un monde d'adulte qu'ils n'influencent que trop peu.

L'ombre est toujours là mais elle s'est un peu atténuée. Et à mon tour j'ai mal pour eux deux en les regardant jouer ensemble. Ils savent qu'à présent tout est une dernière fois. Bientôt le petit brun s'envolera à l'autre bout de la terre et ne reviendra plus. Enfin pas de si tôt.

Je lui dis que l'amitié peut vivre à distance, à travers le temps. Il me répond que le temps pour les enfants c'est vraiment trop long. Que les enfants oublient vite, rien que fermer la fenêtre tout à l'heure...

Il s'est résigné, il a décidé de ne pas le remplacer. Un meilleur ami cela ne se trouve qu'une seule fois par vie. Mais c'est déjà très long, une vie de 7 ans et demi.

Paul Gauguin - deux jeunes bretons à la baignade  1888