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Le vent a tout desséché : les branches brunies sont cassantes et grinçantes, les dernières feuilles résistantes se tordent et se déchirent. Elles forment les derniers lambeaux d'une nature verte disparue, arrachée par un souffle sec et gelé. Nous avons déjà oublié nos rues bruissantes sous les voûtes de feuillages. Quelques graines, quelques fleurs pétrifiées peuvent seules nous laisser la promesse que tout renaîtra. Mais nous oublierons sûrement, et c'est notre étonnement qui le premier reviendra.

Lorsque le vent s'essouflle, lorsqu'il s'enfuit ailleurs un moment, les silhouettes organiques torturées se détachent sur un large fond bleu. Plus un bruit, plus une rumeur. Les animaux sont terrés, endormis, migrés. L'herbe s'est couchée sur elle-même pour de longs mois de sommeil. Il semblerait presque que la mort surveille.

Juste pour deux heures, le lac seul à mes pieds. Tout était en arrêt, comme un tableau finalisé. J'ai retenu mon souffle, essayé de ne plus bouger. Dressée noire sur les horizontales grises, mon sang qui battait me rappelait ce qu'était la vie. Le dos au soleil vainqueur, mes yeux se sont entrouverts et de vieilles larmes ont coulé. Trop salées, elles aussi étaient presque desséchées. Je les ai laissées s'évader, il ne sert à rien de les retenir. Lorsqu'elles ont quitté mes joues, elles ont volé en éclats sur les cailloux. Elles attendront le dégel.

Mes pleurs se sont figés dans l'hiver... Ce n'est pas pour me déplaire.

Gerard M. Burns - Woman in Winter