unaware

Tout est cru. Quand le jour entre dans mon corps, la vie s'éclaire encore plus fort. Les poumons débordent du souffle pur et mon sang rougit au creux de mes bras.

Tout est essentiel et évident. Tout crisse et craque en chuchotement. Les pieds lourds dansent et s'accrochent. L'équilibre instable fait battre le coeur plus vite, il nous bat les tempes, les joues flamboient.

Quand tout est blanc, les couleurs crient, les matières se fâchent. La palette est affolée et il faut tout oser. Les silhouettes se diforment et se balancent doucement. Certaines battent en mesure les degrés de la froidure, d'autres deviennent curseurs et glissent sur le tapis blanc. Plus rien n'est comme avant.

Il n'y a plus de solitude, les autres sont toujours là. Leurs traces défoncées les trahissent et racontent leur corps. Tout est en chair, sur un fond de mort.

Quand la brûlure déchire et gagne les os, quand les yeux pleurent de trop, quand il faut rentrer, quand vous courez à mes côtés, quand nos rires se cognent, quand leurs mains me prennent, quand nos épaules se découvrent, quand ta peau se réchauffe, la vie s'empare de tout et m'étourdit.

 

Jennifer Anderson - Unaware