Spring_Dance_c1917_Arthur_F_Mathews

 

Besoin de légèreté, même si les pensées sont lourdes. Besoin de revoir de la verdure et de s'étonner comme chaque année comment la nature grillée, séchée par les mois de glace peut se réveiller en quelques pluies douces. Besoin de prendre soin de ce corps camouflé depuis trop longtemps. Étirer les muscles, apaiser la peau asphyxiée, redécouvrir les sensations de sortir la tête, les mains nues, les cheveux libres au vent.

Aérer la maison, bouger les meubles, changer les coussins. Ventiler l'autarcie qu'était presque devenue notre maison, laisser entrer les autres en un léger ballet de répétition. 

L'air frais qui ranime ne me laisse pas oublier. Réussir à joindre Rie par écrans interposés. La laisser parler d'un souffle, sans s'apercevoir de ses larmes ou des miennes, je ne sais plus trop. Voir son appartement trembler par ma lucarne, il tremble toujours, plusieurs fois par jour depuis le 11. Mais après la terre et l'eau, c'est de l'air qu'il faut avoir peur. Ici on aère, on ouvre, on remplit nos poumons, là-bas, elle n'ose remplir les siens. Lui dire de venir. Elle de répondre qu'elle ne peut pas, pour tous les autres.

Il est des printemps plus légers que celui-ci. Elle me dit d'aller voir les cerisiers pour elle. Je lui dis qu'il faut encore attendre. Elle me répond : "C'est tout ce que je sais faire, alors vas-y. Vas prendre l'air."

 

Arthur F. Mathews - Spring dance