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La neige est revenue une dernière fois. Du moins, on l'espère. Si longue à se faire désirer lorsque l'hiver s'avance, elle s'acharne semble-t-il à occuper le terrain. Guetter chaque année le premier carré vert, le premier bourgeon. N'en plus pouvoir d'attendre le soleil qui chauffe le perron. Les microbes réveillés par la semi tiédeur nous auront achevés. Mars est presque fini que je ne l'ai pas vu commencer.

Il est de ces semaines calfeutrées de fatigue d'où ressort une nostalgie. Un petit abandon vers le passé, quand mon corps était moins lourd et plus agité. De ce temps où je ne pensais qu'à m'évader, où plus tard serait forcément meilleur et plus loin tellement plus prometteur. Ce temps où on se moque de beaucoup de choses et surtout de soi même. Où les petits misères n'effleuraient pas mes pensées une seule seconde. Un temps de baisers légers, de mains qui se serrent. Un temps de rires et de peines sincères. 

J'ai pris mon téléphone, ai fait sonner un autre à l'autre bout de l'océan. 20 ans ce n'est rien pour un océan! Une larme ou deux tout au plus. Te souviens-tu? N'as-tu pas oublié? Que pensais-tu alors? Et maintenant, le penses-tu encore? Te rappelles-tu ta coiffure? Et de mes fameuses chaussures? Il me reste l'écho de ce chagrin, qui était aussi un peu le tien. Une voix familière sortie du passé. Un visage que je ne vois plus depuis des années. Il suffit de si peu pour revenir en arrière, pour se rassurer de ce que nous laissons derrière. 

Il n'y a pas de regret, pas de restes de tourment. Et elle le disait si bien elle-même : on n'est décidément pas sérieux quand on a dix sept ans.

 

Edward Henry Potthast - At the beach