VANIA_COMORETTI

 

Il n'y aura pas vraiment d'après. Ce sera seulement une continuation de ce que cela a toujours été : un decrescendo amorcé il y a si longtemps. Peut être dès le début.

Elle sait qu'elle ne peut rien y faire. Elle a essayé de changer le cours de leur relation mais les tumultes du courant ont toujours été les plus forts. Elle ne peut en parler ouvertement, trop personnel. Je ne sais pas si elle en souffre; elle ne laisse rien transparaitre au dehors. Je ne fais que recueuillir ce qu'elle veut semer au hasard des jours.

Le désamour d'une fille pour son père. Une confiance intime absolue qui se dissout dans l'oppression obsessive d'un père angoissé. Angoissé par la vie, par ce qu'elle apporte et surtout par ce qu'elle retire. Un père à qui on a interdit toute expression de sentiments, un petit garçon qui devait être un homme, et un homme ne tremble pas. Il ne fait plus que trembler depuis longtemps.

Une peur des autres, d'un danger permanent sans cesse imaginé. Il lui a permit tellement pourtant, se faisant violence en la voyant s'éloigner. Mais l'ancre trop lourde qu'elle lestait la retenait, la freinait. Trop d'effort.

Elle a brisé la chaîne, elle s'est laissée dérivée un moment jusqu'à être hord de vue. Au creux d'une tempête, sa main a frappé le gouvernail et elle a vaincu le pire. Seule.

Elle semble sereine. Le port d'attache loin dans le dos. Il me semble parfois distinguer dans ses regards bleutés une silhouette immobile qui la guette, à jamais, sur le quai.

 

 Vania Comoretti - Luce