SUSAN HALL 1

Mes heures, mes jours, mes nuits parfois aussi, des semaines entières sont pleines de ce que je n'écris pas ici. Tout ce que je ne veux pas dire occupe tellement mon temps et mon espace au cours de ce printemps. Mes pensées se dirigent ici parfois, mais mes mots n'y ont pas leur place. Je ne visite plus guère les unes, les uns, et les autres. Je ne les oublie pas pour autant. 

Le tictac de ma montre a presque remplacé le battement de mon coeur. Je ne me plains pas. Je regrette parfois ces journées vides à ne rien faire de plus que le nécessaire. Puis il me revient le sentiment oppressant que ce néant m'apportait, et mon envie disparait.

Cette frénésie ne durera pas à jamais. Elle est bénéfique, elle m'apprend. Elle me remplit, je n'ai jamais aussi bien dormi.

Tant de visages, tant de noms à retenir, à rencontrer, en vrai. Yeux dans les yeux, statures face à face, des gens, plein, en vrai et en couleurs. Rien ne peut remplacer cette sensation de découvrir un monde à chaque main serrée. Des univers de rire, de doutes, de bonheur et de peine, des heures d'observation, de discussions au couteau, tant de portraits à faire, tant d'histoires encore à dire...

Mon investissement dans le réel m'a éloignée un peu du virtuel palpable. Mais c'est sûrement pour mieux revenir. Mes histoires continueront ici. Encore. En pointillés.

 

Susan Hall - Prélude