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Sa stature haute et équilibrée, son regard sombre et doux mélangés, sa démarche souple et contenue, chacun de ses gestes force le respect qu'on lui porte. Il m'a rarement été permis de rencontrer d'homme aussi présent, aussi conscient de son être tout entier, conscient de sa vie autant que de sa mort, conscient d'où il vient et où il n'ira pas. J'ai écris mainte fois ces lignes, je les réécris encore. Je sais que beaucoup de choses m'échappent, je sais que mon obstination à vouloir les retenir prouve que j'ai tort. Il me le dit.

Un homme en pleine puissance, à la peau brune et lisse enfantine. Une voix qui ne peut être uniquement la sienne chante des paroles anciennes. Ses machoires qui se serrent parfois, son sourire si tendre, si pur. Ses mains longues et fines se croisent sur ses bras. Il conteste en silence, il ne se résoud pas. Pas totalement. Il me le dit.

Comment ne pas se laisser envoûter? Trop d'histoires entendues, certainement romancées. Tant de mystères irrésolus, je veux savoir, je veux comprendre. Je ne comprendrai que mal. Je le sais. Pourtant, je m'obstine à en connaître plus, je veux entendre tout ce qu'il a entendu, tout ces mots et ces silences qui lui ont été transmis de bouche en bouche sur plusieurs générations; je veux moi aussi percevoir la première voix, le premier souffle. J'aimerais tellement pouvoir les porter en moi, comme un tatouage intérieur, une empreinte sur mon âme. Mon envie n'est peut être pas assez pure. Il me le dit.

Il est des derniers. Il est déjà parti, comme ceux qui l'ont précédé. Il ne fait que écho au dernier soupir de son peuple, de leur existence, de leur résistance. Les derniers des premiers. Les restes de ceux qui ont vécu seuls sur ce continent pendant si longtemps que la mémoire blanche ne peut plus compter. Rien ne se compte, ne s'ajoute, ne se soustrait. Tout se fond. Rien ne disparaît totalement. Mais pourtant, il lui semble qu'il ne restera rien d'eux, de lui. Il me le dit.

Un homme se tient droit dans ma ville. Il est figé, il n'est qu'une trace d'un passé. C'est ainsi qu'il le vit.

 

 John Paul Murdoch - Eeyou (Iris)