catherinebrooks_dandelion

Une journée vide au milieu de la tourmente. Un rythme lent pris dès le lever, le souffle raccourci par la moiteur de ce troisième jour d'été, je suis sorti marcher. Le grand cabas écossais balancé au bout de mon bras, tête nue, cheveux défaits, sandales aux pieds, j'avais juste quelques courses à faire, quelques fruits frais à trouver.

Les écoles criaient au dehors, les arbres dansaient encore. J'ai croisé deux nouveaux nés, trois chiens laissés, un en liberté. Deux coureuses m'ont dépassée, trop rouges, trop bruyantes, trop moulées.  Le boucher est parti en vacances. Les coiffeurs buvaient le café sur le pas de porte, une odeur de propre forcé. Mon livre de bibliothèque déposé à temps, six papillons dansant autours des aliums. Le petit monsieur à la hanche de travers est mort le mois passé. La famille de Rémi a déménagé. J'ai trouvé ce que je cherchais; les fruits mûrs du Niagara sont arrivés. 

Je n'ai pas voulu tout de suite rentrer. J'ai louvoyé, fait le tour des jardins, des maisons nouvellement rénovées. Et le ciel s'est éteint. Tout est passé au gris, les fleurs criaient leurs couleurs, le vert était magnifié. Les gouttes sont venues une à une, délicate prévenance. Puis en nombre elles se sont ajoutées pour filer sur des cordes continues. Je ne me suis pas arrêtée, j'ai dépassé un cycliste à l'abri sous un saule, il souriait. Il souriait de ce moment offert ou bien de ma folie passagère. Je ne sais.

La tièdeur de l'eau me rassurait étrangement. Mes pieds ont glissé. J'ai oté mes sandales et poursuivi nu-pieds sur les trottoirs balayés par les ombres à présent abritées. Elles me faisaient signe: tu vas attraper la mort. Je n'entendais que le tambour de la pluie sur mon quartier. Un tapis de lilas blanc sous mes pas, il sera lui aussi dégagé dès que l'orage cessera.

Je suis rentrée. Tout était à sa place. Moi la première. Et c'était bien.

 

Catherine Brooks - Dandelions and dreams