Edward_Robert_Hughes_With_the_Wind

 

Le jour où j'ai laissé partir le dernier travail dû, mon sommeil n'est pas venu. J'ai erré en silence au rez-de-chaussée, appliquant chaque pas nu au plancher refroidi. Les idées si claires, le souffle si léger, c'est comme si tout recommençait, tout repartait d'il y a plusieurs années. 

Je suis sortie dans le jardin m'asseoir sur le grand fauteuil de bois gris. J'ai laissé les frôlements de fourrure me surprendre et me faire peur un peu aussi. Les êtres de la nuit m'entouraient étonnés de ma présence inattendue. Le raton laveur s'est campé sur ses pattes arrières et m'a toisée avant de lâcher le duel. Mes yeux brillaient plus fort que les siens ce soir-là. La lune éclairait les arrières cours et projetait les ombres élancées des maisons endormies. Je serais bien restée là toute la nuit.

Mais au coeur de cette nuit d'août, c'est septembre qui est venue me prendre. Le premier vent qui souffle la fin de l'été. J'ai refusé de l'entendre, mes vacances ne faisaient que commencer, il devait repasser.

Il n'a rien voulu entendre et a éteint les minutes des fins de journée. Je dois me résoudre que mes jours d'été sont déjà passés, enfermés. La lourde chaleur ne reviendra pas de sitôt. Les heures oranges viendront s'étendre pour nous ramollir le coeur. Septembre est tendre, mais il est encore trop tôt. Je veux encore la morsure d'août, le soleil cannibal.

Et puis bientôt, très bientôt, Montréal.

 

Edward Robert Hughes - With the Wind