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Je vous dis mes adieux. Au creux de mes mots, vous verrez certainement l'ombre de ma colère et vous aurez raison. Le temps ne peut atténuer tout; il me prend à penser qu'au contraire il attise les rancoeurs croupies. J'ai essayé. De nombreuses fois. On m'a dit de le faire, je l'ai fait malgré moi, je l'ai fait de bonne foi. C'est la dernière. Je ne tenterai plus de vous faire comprendre. Je n'attendrai plus de vous un signe, même dur, même tendre. Je ne veux plus espèrer toujours là où il n'y a rien à espèrer, où il n'y a jamais rien eu.

Je vous dis mes adieux. Mon coeur est un peu gros et il me fait mal encore. Mais je refermerai seule la blessure que vous y avez ouverte. Il ne saigne déjà plus. J'ai tout le sel de mes larmes pour cautériser la plaie. Rien n'y paraîtra plus. Vous ne l'avez jamais vu. Je garde pour moi des souvenirs en couleurs. Je laisserai des phrases résonner encore. Elles m'appartiennent, je les ai prises malgré vous. Tout mon bagage est à moi, on ne m'a rien offert, j'ai tout arraché au fond. Le manque ne vous paraîtra même pas; c'est quelque chose que vous ne connaissez pas.

Je vous dis mes adieux. Vous qui ne me connaissez pas. Vous qui n'avez jamais chercher à me connaître, vous qui ne me verrez plus. Il est décidément trop facile de prétendre savoir lorsque vos yeux n'auront pas vu, vos oreilles à jamais se sont closes. Il est si facile de savoir ce que vous voulez seulement savoir. Différente oui, exigeante certainement, mais vous en avez abusé assurément. Il était toujours aisé de m'appeler au besoin, en coup de vent.

Je vous dis mes adieux. Je ne reviendrai plus. Si vous me voyez, cela ne sera pas moi. À peine une image brouillée de votre souvenir, je ne dirai mot, je ne vous écouterai pas. Vous m'avez perdue il y a si longtemps déjà. Mais c'est seulement aujourd'hui que je m'en aperçois. Mes pas s'allègent de votre fardeau. Mon baluchon est tellement plus beau. Je pars à jamais, je ne me retournerai pas. Je vous dis mes adieux. Je crois que je vous ai aimés, je ne vous détesterai pas. Faîtes comme bon vous semblera, comme vous le faîtes déjà. De mes adieux déchirez ces lignes, elles n'appartiennent qu'à moi.

 

Maud Taber-Thomas  -  Poison, autoportrait