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C'était tout d'abord la voix d'un inconnu mais qui lui semblait familière. Elle était si absorbée par reconnaître ce qu'elle avait oublié qu'elle n'écoutait pas les mots prononcés. Elle lui fit répéter. Il avait eu son numéro par un long dérivé d'anciennes connaissances qui l'a amené à une plus proche. Celle-ci a cédé devant son insistance et lui avait chuchoté les chiffres tout en le prévenant par avance. 

Il n'aurait pas dû appelé. Elle le lui dit tout de suite, sans colère ni surprise, avec la pointe aiguisée de sa déception. Il lui raconta son parcours, son métier, ses amours, son mariage, ses enfants, sa distance et son départ de cette famille auquelle il ne s'était jamais vraiment attaché. Elle écoutait à présent, comme une confidente étrangère que l'on croise dans un train, qui se trouve bloquée entre vous et la fenêtre durant tout le trajet. Elle regardait parfois au dehors, parfois elle devinait son souffle court entre ses plaintes répétées. Tu n'aurais pas dû m'appeler.

Il savait mais ne pouvait se résoudre à croire que c'était impossible. Il n'en avait jamais douté. Jamais. Ni quand il est parti, ni quand il a dit oui à une autre, ni quand il a pris son fils de son ventre. Il ne doutait toujours pas.

Le silence n'était pas voulu. Elle ne savait pas quoi ajouter. Elle arracha la parole au mendiant de sentiments qu'il était devenu. Non elle ne doutait pas, elle n'avait jamais douté. Elle ne voyant pas comment reprendre une histoire qui n'avait jamais vraiment commencé. Une idylle trop bien menée pour être honnête. Ni par elle, ni par lui. Il ne s'agissait même pas d'une vie. Un peu de chair peut être, quelques larmes sincères, pas plus ni moins. 

Tu ne rappelleras plus. Le numéro sera changé. Elle ne voulait pas lui parler encore moins le rencontrer. Pourquoi faire? La femme qu'il désirait n'existait pas. Elle n'a peut être jamais existé. Elle lui dit qu'elle était triste, qu'il vive ainsi sur un fantasme jour après jour. Alors qu'il aurait pu le vivre lorsqu'il était encore temps. Il a préféré s'enfuir. Ce n'est plus de courage dont on parle à présent. Elle lui dit pars, fais comme tu veux, mais ne rappelle pas. Je n'existe pas.

 

Michellangela Caravaggio - Narcisse