françoiseNielly6

 

C'est certainement son sourire que tout le mond retient en mémoire. Un sourire doux et bienveillant, emprunt de mannières lisses et honnêtes, un sourire qui vous enveloppe de bienvenue.

De son pays brûlant, il a conservé les gestes amples et souples, les longues mains aux doigts virevoltant qui tanguent ses paroles en rythme. Une silhouette qui valse, vous emporte l'air de rien, vous élève sur vos pointes de pieds. Parce que vous vous mettez à danser, sans vous en apercevoir, vous glisser déjà. Son tempo vous guide, et il vous laisse là, dans un éclat de rire, il stoppe net le voyage. Vous êtes trop tôt revenu, vous en voulez encore.

Mais il s'éloigne, vous parle en tournant le dos, il part un bras toujours tendu vers vous. Il pirouette encore plus loin, garde vos yeux dans les siens, brilliants et sombres. Au dernier détour de son visage, juste un éclat de l'ombre qu'il porte sous son soleil. Peut être que vous ne la verrez pas, peut être que vous dansiez encore. Revoyez la dernière demie seconde, l'image que l'on guette dans le ralenti, celle qui dit tout lorsque le silence arrive. La petite impression rétinienne qui nous fait penser que, non, peut être tout n'a pas été dit. Le petit indice qu'il nous laisse apercevoir, une fine félure ouverte pour qui veut venir voir. C'est là que je m'agrippe, c'est à cela que je reviens. Je rappelle, je relance, je veux la revoir encore. 

Mais il s'esquive, il tourne sans cesse, fixant ses yeux noirs pour masquer le petit poignard planté au-dedans. Il le cachera encore un moment, niant sa douleur, rejetant la guérison qui sauve. Il n'est pas prêt, alors vous ne devez pas l'être. Ne le poussez pas, ne le faites pas trébucher, il ne fait que danser. Un jour, bientôt, il ralentira son tempo et laissera couler la peine par son souffle fatigué. Laisse-le défaire le noeud intérieur, prenez son sourire, prenez ses mains papillonantes, buvez son regard, faites vous prendre par ses yeux noirs.

 

Françoise Nielly - 6, 2009