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Ce n'est pas grand chose, un peu de vent, des nuages qui roulent et nous donnent à voir la profondeur du ciel. Un petit papillon blanc qui m'accompagne dans mes travaux au jardin : il me suit, se pose sur mon bras, sur mon genou noirci de terre. Il ne fait aucun bruit, il agite la lumière autours de moi. Un chat passe dédaigneusement sur le haut de la clôture. Le voisin chantonne saudade. Frotter fort mes mains de citron, fleutrir de la lavande chaque soir.

Ce n'est que trois fois rien, trois invitation à se rencontrer autours d'un café, d'une glace, sur une terrasse du voisinnage. Sortir les épaules nues lorsque le soir tombe, glisser les sandales dorées, les lèvres teintées. Se laisser bercer par les musiques, les lumières, les rires des clients. Écouter à la dérobée des conversations salées, d'autres sucrées, se fermer aux verbes amers. Être au dehors, dans la nuit et se réveiller tard le lendemain.

Ce n'est que détail, ne plus porter de montre, filtrer le téléphone. Écrire à nouveau, en touche, en encre. Se surprendre dans le miroir, ne pas toujours se reconnaître, y voir de ceux qui sont au loin, au coin de mes yeux, dans cette moue, dans ce geste-là, dans ma posture. Et se dire que tout est bien mais pourrait être mieux. Ne pas toujours se satisfaire pour faire naître des envies, des désirs aussi.

Ce n'est rien du tout, faire le vide dans la maison. Vide de choses, vide de bruits. Penser à sa vie en triant ses biens. Jeter et ne pas remplir à nouveau. J'y arrive doucement, c'est ce qui m'appaise le plus : l'espace. La possibilité de l'absence et du manque. Je l'ai au creux du ventre depuis qu'ils sont au loin. Les appeler alors, savoir qu'ils sont bien, en vacances, qu'ils me manquent et que je leur manque aussi. Se dire qu'on se retrouvera tous dans quelques semaines, changés mais les mêmes. Réapprendre leurs voix au bout du fil, reconnaître mes intonations et les siennes encastrées dans les leurs. Se dire qu'on s'aime beaucoup, pour toute la vie.

 

Charles Courtney Curran - summer portrait