Bergh_Richard_Nordic_Summer_Evening

 

Le jardin n'est que champ de paille. La chaleur étouffante s'est accentuée ces derniers jours et les nuits ressemblent aux jours. Ma peau ne peut affronter l'aggression du soleil, je suis recluse. Lorsque ses rayons faiblissent enfin, je m'aventure dehors, et je file sur les trottoirs qui s'obscurcissent. Les lumières viennent teinter les vitrines comme des joyaux ternis. Les rues s'animent des promesses de la nuit. Les peaux sont magnifiées, parfumées, les tissus fluides, les gestes abandonnent la lenteur de la journée. J'observe en passant les parades des corps, l'empressement de profiter de l'été. Ma ville est vibrante en cette saison. Elle me fascine. 

Je m'arrête un moment lorsque mon souffle s'épuise, lorsque ma tête s'alourdit. Une terrasse, une petite table à l'écart, une bière que l'on boit trop vite avant qu'elle ne se réchauffe. Je bois tout autant les histoires qui m'enveloppent. Tant de points communs entre nous tous, tant de désirs partagés, d'espoirs et de déceptions mélangés. Nous ne changeons pas, pas tant que cela. J'observe les valses des regards, les penchements légers de têtes, les doigts glissés sur les lèvres, le sang qui tambourine au creu du cou. Les cuivres résonnent dans le noir et c'est un souffle de musique qui nous fait tenir toute la nuit.

Le vent se lève enfin, le ciel bleu se farine et l'ombre reprend sa fraîcheur perdue. La nuit d'avant, les gouttes ont martelé mon sommeil, la fenêtre grande ouverte sur les couples courant et riant sous l'orage. Je n'ai que peu dormi. Déjà le matin. Déjà le jour.

Il faut prendre le chemin qui mène à son retour. Debout et tendue dans la foule qui piétine, je l'attends. Encore une fois, il réapparaitra.

Et tout sera comme au premier été, tu verras.

 

Richard Bergh -  Nordic summer evening