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Le déluge a rincé les derniers rayons d'été.

Nous étions au dehors dans la cour à le voir rentrer sans se retourner. Il ne se retourne plus depuis quelques années. Je sentais les petites mains de sa soeur se crisper sur mes jambes, sa tête appuyée avec détermination dans les plis de ma jupe. Elle ne bougerait pas ce matin. Cela tombe bien, elle ne rentre pas encore, il reste quelques matins.

Alors on danse dans les flaques en repartant chez nous. On discute, enfin elle parle beaucoup, j'écoute en ajoutant des oui, des ah bon, des c'est vrai, des ce n'est pas possible. On mange en tête à tête avec nos doigts et réservons les petites cuillères en argent pour les figues au miel enfournées tout à l'heure. L'été revient en bouche et la sieste réclame son dû : nos deux corps vis à vis les yeux dans les yeux. On se regarde s'endormir. Le ciel de son regard se masque et se réveille orage. Il faut que je pense à le saisir un soir.

La pluie n'a pas cessé. Le chat nous a réveillées, jaloux de notre abandon. Il faisait silence, il faisait doux. Ses boucles étaient collées à son front chaud. J'aurai voulu ne pas bouger.

Nous sommes reparties vers ceux qui travaillaient aujourd'hui. Elle lui a avoué la sieste, il n'a pas été jaloux. Son monde n'a pas croisé le notre aujourd'hui et sûrement pas encore demain.

Pour la toute première fois de toute ma vie, je ne veux pas de fin à cet été. Je ne veux pas de rythme à prendre, pas de courses, d'agenda et de retards anticipés. Je voudrais juste me laisser porter, encore et encore, je ne suis pas lassée.

Je ne veux pas rentrer.

 

Benjamin Wu - tittle unknow