Serusier_-_the_talisman

Ce n'est pas si loin que cela. En fermant fort les yeux et en retenant mon souffle, j'y suis déjà. Bien sûr il manque l'odeur humide de la terre mêlée à la mousse. La musique du vent entrecoupée du murmure des vagues, des cris braillards des oiseaux de mer, bien sûr que je ne l'entends pas. Mes lèvres seront sans sel au retour, mes cheveux toujours démêlés.

J'ai oublié le grain de la roche polie par les éléments, ses couleurs rouille et lichen qui noircissent à chaque ondée. Il n'y a rien de tout cela ici, ou par petit grain mais sans vraie saveur.

C'est à quelques heures d'envol, il suffit d'un somme d'une courte nuit et j'y suis. Les falaises noires s'affalent toujours dans l'écume. La lande valse sans cesse autours des lacs où se miroite le ciel de passage. Il n'y a pas d'arbre là-bas. Seuls quelques murets ondoyants sur les crêtes des collines résistent au vent et aux années. La terre est seule, il n'y a pas grand monde pour la parcourir. Au bout d'une route, on peut entrer dans un vieux pub éclairé dans la brume. Et c'est là que tout le monde se parle, que les langues se délient en chanson, en rires et en plaintes. C'est là que le monde est défait et refait au fond d'un verre; où la tête résonne du son des instruments encore tard dans la nuit. Et c'est pour cela que le silence s'impose au jour.

Ce n'est pas de la nostalgie. Ce n'est pas de la mélancolie ou alors elle reste douce.

Il me manque une teinte entre bruyère et genêts encadrée de gris. Il me manque le vide, vaste, enveloppant, et rempli de toutes mes pensées vagabondes. C'est juste à côté, cela le sera encore dans une année.

 

Paul Sérusier - Le  talisman