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Il faisait sombre dans ce bar lorsque nous l'avions rencontré. La musique était bonne, la bière se multipliait. Nous avons parlé fort, agité nos mains au-dessus de la petite table de bois brut. Il était seul, sa petite famille partie au loin en vacances. Une première impression est souvent la bonne mais pas toujours. La déception est alors cinglante et son souvenir fait à présent redouter de trop aimer quelqu'un dès une première rencontre.

Je n'aime pas être sur mes gardes, cela ne m'a jamais réussi. Les égratignures ne me font pas peur, je cicatrise très vite en surface.

Une fois de plus, j'ai eu raison de ne pas retenir une sympathie qui s'installe petit à petit. Elle s'inscrit dans le temps, dans la course des semaines qui sont folles ici.

Par sa chemise ouverte, une petite cicatrice nacre le creux de sa gorge à la lumière du jour. Ses paroles la font vibrer. Elle est là pour rappeler que la vie est courte, et pour tout le monde. Que le bonheur peut être écrasé sans avis. Mais qu'il peut aussi réapparaître plus brillant qu'avant d'avoir été terni.

Un diagnostic qui brûle et déchire, un combat, une rémission, une guérison. C'est si court à dire. Cela s'oublie si vite. La petite cicatrice restera, sournoise.

Le bar était sombre, mon regard était flou. Je ne l'avais pas vue. La faiblesse d'un homme dans la force de l'âge, les bras plein de vie, le rire franc, le regard volontaire.

Il m'a dit qu'il avait reçu le vaccin de la mort. Au doux soleil de septembre, j'ai vu sa trace hier.

 

Giuseppe Ghislandi - portrait of Franscesco Maria Bruntino