Young-Girl-Reading-a-Book

Un peu à l'écart, juste en bordure du parc, il est un vieux banc repeint qui prend le soleil en douceur. Il est abrité par un érable qui rougit lorsque l'été s'achève. Sa vue est imprenable sur un carré de sable, île solitaire de ma petite qui s'y invente des histoires d'épouvantables catastrophes qui finissent toujours bien.

Un jour, MON banc portait la trace d'un passager précédent. Mon front s'est plissé, les sourcils froncés. Bien sûr que d'autres s'y arrêtaient, bien sûr que je n'étais pas sa seule locataire. Mais de là à y laisser son empreinte, je trouvais le trait grossier. J'ai même saisi le journal pour le jeter. 

Le premier livre est tombé à terre. Il était caché à l'intérieur. J'ai regardé tout autours pour essayer de croiser des yeux rieurs. Rien. Personne. La quatrième de couverture me nargait. Les pages jaunies se recourbaient pour laisser apercevoir quelques mots, quelques lettres. J'étais faite. Je me suis assise, j'ai tourné les pages à la recherche d'un nom, d'une note, d'un petit papier explicateur. Rien. Personne.

Notre temps fut finit, il fallait déjà repartir et je n'en étais qu'au troisième chapitre. Le livre rentrerait donc avec nous et reviendrait demain, sans faute. Le lendemain, il n'était pas encore temps de le rendre. Je lui ai donc substitué un des miens, usé aussi, anonyme tout autant. 

Trois jours sans visite au banc s'en suivirent, à me demander de qui, de quoi, mais pourquoi... et pourquoi pas?

En y retournant, mon livre avait disparu, un autre avait pris sa place. Et la ronde se poursuivit ainsi tout l'été. Sans jamais d'échange d'autres que les livres, couverts de journal ou de plastique lorsque l'orage grondait. Il ne s'agissait pas de les noyer. Des livres sans sujet particulier, des connus et des oubliés, des nouvelles et des poèmes embrumés. Et même en français. 

Octobre est arrivé et comme l'érable au-dessus de lui, le banc s'est dénudé. La semaine passée, j'ai retrouvé le même livre que j'y avais laissé. Aujourd'hui, il y est encore. Avec la chaleur, ma liaison de papier s'est achevée.

 

Henri Lebasque - jeune fille lisant un livre