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C'était il y a trois jours. En fait, non, cinq. 

L'appel était discret mais tenu. Tu as quand même quelque chose à écrire. Tu y pensais hier soir dans la voiture. Et puis, l'idée s'est envolée. Rappelle-toi.

Il y a bien cette saison qui nous pousse au dedans, qui nous rend plus attentif avant de mettre le nez dehors. Mais il pleut chez tout le monde. Les feuilles tombent bien partout de la même façon.

Il y a aussi la famille qui change ou peut être bien que c'est moi après tout... Les enfants qui s'affirment chacun dans leur personnalité un peu plus chaque jour et qui se rejoignent souvent. Si souvent, plus souvent que je n'osais l'imaginer. Et si je ne dis rien de leur amitié fraternelle, ce sont les autres qui l'observent et s'en étonnent. Et mon coeur gonfle. J'aurais tellement souhaité vivre cela, tout au début.

Il y a le travail, celui pour l'argent que nous avons la chance d'aimer également. Le mien, le sien et peut être le notre ensemble un jour ma foi. Je ne sais pas faire les choses à moitié. Je ne sais pas bâcler. J'aime l'effort, le labeur, les finitions. Et j'aime inspirer tout cela aussi. Je sais, je suis vraiment démodée. Malgré les critiques ou les regards aigris, envieux, je m'en moque et je dors mieux.

Il y a ceux qui sont loin et qui vivent sans nous. Ceux à qui il faut rappeler notre présence, de plus en plus. Les années filent et certains ne répondent déjà plus. C'est dommage mais ils l'ont choisi. Je continue d'écrire mes mots, même s'ils se fondent dans l'écho.

Il y a cette année entière devant moi qui ne cesse de se remplir. Je deviens danaïde et je continue vaille que vaille. Alors, je ferme mes yeux et je vois un avion qui me pose de l'autre côté de l'océan, un jour d'été. Je me vois dans des trains, à des tables, un verre à la main, plein d'enfants à mes pieds. Je vois plusieurs paysages aimés et même des nouveaux. Je vois des visages connus par coeur qui auront changé. Je verrais ceux que je connais pas encore, arrivés ces trois dernières années. Je ne verrai pas certains, partis tout de bon, trop tôt. Trop tard pour moi.

C'était il y a quelques jours. La table était dressée au dessin. J'ai pris un fusain et j'ai dessiné mes mains en écoutant le babillage des enfants, je n'ai pas pensé à mon trait mais à tout le reste, à tout ça.  J'ai pensé que peut être je pouvais vous écrire quelque chose.

Juste comme ça.

 

Moi - Main gauche en octobre.