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Je me suis retirée du monde et de ses tempêtes pour deux petites journées. Le soleil a décidé de m'accompagner et réchauffe mon dos à travers la vitrine du café. Un vieux chien me regarde fixement. Je crois qu'il devine tout ce qui me passe par la tête, je crois qu'il comprend mon état, là, tout de suite, maintenant. En fait non, j'en suis sûre.

J'aime être coupée de la réalité quotidienne, rompre le rythme, les habitudes, faire tourner les meubles et voir leurs mines mi-réjouies, mi-inquiètes à leur retour de classe. "Mais pourquoi tu as fait ça?". Pour rien, justement parce que ce n'était pas nécessaire.

Pendant mes quelques heures de solitude, je suis même allée marcher dans la foule. J'ai suivi le flot, je suis aussi allée à contre courant, plus lentement, en souriant. C'est fou le nombre de gens qui se retourne sur vous lorsque votre pas est ralenti et votre sourire élargi. Leurs regards persistent, scrutent, le sourcil se hausse : "Si elle sourit, c'est qu'elle me connait sûrement..."

Bien sûr que je vous connais, je vous connais tous. Peut être même que je vous connais mieux que vous même. Assise dans ce café, je replonge dans mes habitudes espionnes, suite à mes lectures de Sherlock Holmes, quand je tentais de tout découvrir sur une personne juste en détaillant ses chaussures. La globalisation et l'uniformisation a rendu la tâche plus ardue. Le défi est encore plus délicieux.

Le froid soleil s'accroche à nos journées. Les nez coulent, les joues rougissent, les mains et les visages disparaissent sous les moufles et les bonnets. Les cheveux hirsutent, leurs petites mains engourdies saisissent les tasses de chocolat chaud. Tiens il faut que j'en rachète aujourd'hui. Le chat ne fait plus que dormir, et je crois que c'est ce que je vais faire aussi. Empiler toutes les couvertures de la maison, se cacher dessous, filtrer les bruits de la ville qui s'agite encore et toujours, et faire semblant de me moquer que la terre tourne encore. Ne pas penser aux tempêtes, celles de la terre et celles des hommes. Fermer les yeux avec l'image d'un homme qui lève le poing pour la deuxième fois. Voilà.

Ce n'est pas grand chose, mais c'est tout un monde que de rester au-dedans.

 

Mia Bergeron - Between potenty