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C'est absurde. Tout ce qu'elle lit, tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle écoute la prévient. Le message est clair, partout il est le même, dans toutes les langues. Il lui aura fallu toutes ces années pour finalement s'en rendre compte. Ou du moins le sentir en elle. Grandir, s'installer et parfois l'envahir.

Elle n'aura jamais le temps suffisant pour tout ce qu'elle a en elle. Il lui faudrait plusieurs vies et jusque là, elle n'a reçu aucune garantie sur ce possible.

Toutes ses idées, tous ses mots qu'il faudrait dire. Tous ces gestes qu'elle aurait déjà voulu faire et qui ne viendront pas assez vite. Tous ceux qu'elle pourrait embrasser, tout ceux qu'elle pourrait rencontrer ne défilent pas assez vite devant elle. Elle court pourtant, elle appelle.

Cela ne sert à rien de ne pas dormir, les heures ne se rattrapent pas dans la fatigue ou la peine. Les mots, les gestes dérapent et tout sonne faux, tout est alors à refaire. Mille fois à l'ouvrage. À parfaire. Les jours coulent trop vite, depuis des siècles. Lisez-les donc pour vous en rendre compte : ils nous ont pourtant tous prévenus ses poètes poussière, ses cendre peintres. La course est folle, plus que nous même. Vous n'y arriverez pas.
Ralentissez le pas.

Prenez votre souffle, un rythme de croisière. Savourez ce qui peut l'être, ce qui vous passe devant. Allez chercher le rare, l'émouvant puisqu'ils se cachent le plus souvent. Mais surtout ouvrez les yeux, tendez l'oreille. Vous en laissez filer des merveilles et vous pleurez les brouillons.

Elle vient à peine de réaliser. C'est absurde, elle se dit. Mais mieux vaut tard que jamais.

 

Giovanni Boldini - profil d'une jeune femme