head-of-a-sleeping-woman

Des envies moins éparpillées, plus précises.

Un corps pas si mal en point mais qui ne doit pas se laisser aller trop loin.

Des mains qui répondent bien et qui ne s'arrêtent que très rarement, qui produisent.

Un cerveau souvent au bord du surmenage : travail pour vivre, travail pour apprendre... Trop de réflexion tue la réflexion. Il ne reste plus qu'un seul crédit à passer et je pourrai porter ma toge noire pour une soirée.

Des personnes qui ne répondent plus du tout, des nouvelles qui se présentent. La valse s'est ralentie ou bien est-ce moi qui est perdu le tempo.

Des petits qui le sont de moins en moins. Un grand qui me dépassera avant que je ne m'en rende compte. Une petite grande qui voudrait y être déjà. Mais elle a encore tellement de temps.

Des petits soucis qui peuvent se monter en angoisse avec les années qui s'accumulent. Le spectre de la maladie qui viendrait tout gâcher s'est avancé. Il est tenu à l'écart. Mais pour combien de temps?

Et puis cela changerai-t-il tout vraiment? Ce ne serait qu'une étape de plus, un chemin plus ardu que les autres. Nous sommes passés par des escarpements auparavant. Et nous sommes là.

Il y a cette douce certitude qu'une autre vie dans un autre ailleurs se présentera un jour. Peut être dans 10 ans. Mais je serai prête et je laisserai de nouveau tout pour aller de l'avant.

Savoir que nous sommes toujours de passage stimule mes intentions. Je peux me séparer de tout moi qui était tellement attachée. Les objets délestent leur poids de ma mémoire. S'il fallait se réjouir d'une seule chose qu'apporte l'âge, ce serait celle-ci : je ne possède rien qui ne me tienne possédée.

Je cumule encore des actes manqués qui tâchent ma conscience. De moins en moins certe. Mais je voudrai m'en débarrasser pour de bon.

Et j'ai coupé mes cheveux courts. C'est un départ pour arriver plus léger.

 

Odilon Redon - Tête d'une femme assoupie