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Elle ne sait pas très bien comment ils la perçoivent. Peut être tyran parfois, elle espère aimante et concernée la plupart du temps.

Elle espère qu'ils sont convaincus qu'elle est là pour eux avant tout, qu'elle croit qu'ils ont leur place en face d'elle et que rien ni personne ne devrait remettre tout ceci en question. Beaucoup lui lâche facilement qu'ils sont pires qu'avant, que ce ne sont plus les mêmes. Le temps les aurait transformés en renégats, impossibles à intégrer. Elle leur répond qu'elle les aime. Tout simplement. Qu'elle aime leurs faiblesses autant que les forces qu'ils ignorent porter en eux. Elle affirme que tous sont armés de réussite, de pouvoirs et d'accomplissement, des petits comme des grands. Il faut juste leur assurer qu'ils ont le droit d'y croire. Vraiment.

Parfois, elle leur fait peur, leur parle de concentration, de garder leurs idées claires et dégagées de pollution. Sa voix monte et emplit tout l'espace clos qui les rassemble à heure fixe chaque jour. Elle debout, dos au mur qui les domine et les regarde un par un. Eux cloués devant ces pupitres qui entravent leurs jambes. Car ils grandissent si vite. Leurs yeux brillent un peu plus lorsque sa voix redescend, lorsque ses mots éclaircissent leurs pensées. Elle voit alors s'allumer une à une ces petites étincelles qui les transcendent. Elle pourrait alors tout quitter à cet instant, tout lâcher sa vie à elle, pour ces petites étincelles. Il arrive que son coeur s'emporte devant les portes du possible qu'elle leur enfonce grandes ouvertes. Allez-y chères têtes brunes et blondes, voyez par vous même. Allez faire un tour et raconter moi vos merveilles. Quel privilège. Quel poids.

Et puis certains refusent de passer la porte, la fenêtre, la brèche qu'elle crée pour eux. Ils ne passeront pas par là. Elle refuse de les laisser se détourner, de les voir de côté. Certains ne bougeront plus, elle le sait mais ne l'accepte pas.

Peut être l'aiment-ils un peu, derrière leur respect poli. Quelques "maman" échappés lui montrent qu'ils sont bien ici, entre ces quatres murs. Et c'est beaucoup déjà.

Une petite fleur jaune de printemps posée sur son bureau ce matin, lui a retourné le coeur.

 

Vincent Van Gogh - un champ de fleurs jaunes

 

 

 Vincent van Gogh