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L'alarme était programmée tôt. Plus tôt que leurs réveils. Le chat n'a même pas sauté du lit, ne m'a même pas regardé d'un oeil.

Le craquement de l'escalier n'a fait retourner personne dans son lit. C'était encore la nuit, et nus pieds je suis descendue. Dans le noir j'ai trouvé le bouton de la bouilloire, j'ai sorti ma tasse et le thé mes yeux encore fermés. J'écoutais le silence de la maison, celui que j'entendais lorsque des longues heures solitaires m'y étaient offertes, il n'y a pas si longtemps. Et c'était doux ce silence. Il était là juste pour moi, comme une récompense à mon réveil matinal. Ma tasse fumante à la main je suis allée m'installée à la table nappée et j'ai sursauté. Un long ruban blanc coupait en deux mon fauteuil. En fronçant les sourcils, j'ai vu qu'il n'était en rien séparé. Le ruban passait sur le tissu, il le recouvrait. Quelques tics tacs de l'horloge m'ont sortie de mon étonnement, de mon interrogation. Par le rideau entr'ouvert, la Lune jouait avec ma perception. Un astre rond et plein, blanc de lumière riante dans la nuit noire et froide. Une lune blanche comme une nacre jaillissant de l'ombre. Elle éclairait comme en plein jour mon livre ouvert entre mes mains. J'y ai vu une bienveillance, une amie qui m'accompagnait dans mon travail. Elle était là pour tout le monde, mais le monde dormait encore. Qui d'autre profitait à cet instant de sa lumière douce?

Trop vite, l'aube rose s'est levée et à chasser ma veilleuse. Des petits pieds puis des plus grands ont martelé le plafond. Deux heures m'ont été données, je les ai cueuillies. J'étais apaisée. 

 

Peter Vilhelm Ilsted - Interior