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S'il y a bien une phrase qui me tue c'est bien "je ne sais pas." Elle m'assassine d'exaspération, elle tourmente mon impatience à me faire fondre les tympans. Les peut être sont des bouées de sauvetage pour une feinte inocence. Je ne crois pas qu'on ne sache rien. Je pense que nous portons toutes les réponses en nous. Il faut vouloir aller les chercher, parfois dans des endroits les plus obscurs de notre pensée. On peut bien se salir un peu la conscience pour éviter de ne pas savoir. Il faut affronter sa vanité, il faut apprendre encore, toujours, pour toujours.

Essaie un peu, fatigue-toi d'une réflexion développée... Décrasse ses petites cellules grises qui t'ont été offertes. Elles sont là, tu les endors par ignorance, par doléance. Secoue tes idées reçues, inventes-en de nouvelles. Tu sais bien quelque chose, tu dois t'en douter. Une question alors peut être le début d'une réponse. Ne t'avoue pas vaincu, les rangs sont déjà bien remplis. Fronce tes sourcils et cherche encore plus loin. Nous ne sommes pas nés ignares. Nous ne faisons que le devenir en cessant d'être curieux.

Qu'on ne me dise plus que je n'ai plus l'âge, que la raison doit m'emporter. Qu'on ne me dise plus que je suis à part, je suis tout juste à côté, la vue est plus belle et dégagée. Il suffit de faire un pas de biais, vous pouvez essayer.

C'est vrai que je m'emporte pour pas grand chose, que j'exige, que je ne cède que rarement. Personne ne semble le regretter trop longtemps. Ne me dites plus "je ne sais pas.".

Ou je ne réponds plus de moi.

 

Pierre Soulages - 202