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Qu'elles me paraissent hautes les cîmes que je m'impose. Parfois, le courage flanche ou l'audace, ou la tenacité ou bien encore l'envie.

Et peut être même tout cela à la fois. Cette sensation de ne plus rien avoir dans les bras, dans le ventre ou pire dans le coeur. Cette petite voix qui souffle soupirante : "Oh non, pas cette fois. Cette montagne-là est bien trop haute pour toi!".

Il fut un temps, pas si lointain je me rappelle, ou cette petite voix n'existait même pas. Je ne l'entendais pas, elle avait beau crier, tempêter, rien à faire, j'étais sourde à ses commentaires. On me disait têtue, bornée parfois. Mais le résultat était là : la montagne était gravie, le sommet piqué d'un drapeau et je descendais déjà pour attaquer la suivante.

Parlez-moi du temps passé, parlez-moi des années qui s'accumulent, dites-moi le sommeil en moins et quelques soucis en trop... Je ne me résouds pas à accepter ma lassitude. Je la combats, plus souvent, plus fort c'est vrai. Mais j'attaque toujours du même pied la pente qui s'oppose à mon horizon.

C'est juste que cette pente me semble un peu plus ardue, le sentier un peu plus sinueux, le drapeau à planter un peu moins ample... Je plains mes pieds, mon dos, mes jambes qui tremblent. Le vent est sûrement contre moi cette fois.

Et puis, j'ai fait une halte. Une pause là où je n'en avais jamais fait : en pleine montée. L'insolence du ralentissement m'était totalement étrangère, pire, j'aurais pu me croire paresseuse. Il y a peu, j'ai reconnu mon erreur, ma vantardise. Et croyez-moi, c'était un grand pas.

Une pause sur un versant pas plus haut, pas plus abrupt que tous les autres. Une montagne pas plus haute que celles déjà franchies. C'est la voyageuse qui avait oublié son bardas principal : croire en ce que je fais. Valoriser l'action plus que le but, chaque pas compte, l'un après l'autre. L'effort, le bel effort, voilà où est le trésor.

La vue dégagée ne saurait pas être appréciée autrement.

 

Franklin Carmichael - Lake Wabagishik