Miro-Etoile-Bleue

C'est à cause de ma tête qui tourne. Ou bien de mes idées dedans qui valsent. C'est à cause d'eux qui piaillent sans cesse, qui sont tellement en vie que parfois le silence sent la mort. Alors que le silence c'est beau quand c'est attendu. Le silence c'est tendre quand on sait le prendre. Le silence, total, profond, c'est tout ce que je demande.

Arrêter de crier les créanciers, les vacanciers, les fiancés, les affaissés, les pressés... Laissez-moi seule, sur un caillou, de l'eau, du vent, du papier et un peu à boire s'il-vous-plait. Je me nourrirai de votre absence, j'en aurai une indigestion. Je veux que tout s'arrête, que je sois seule en mouvement. Je veux la mer immobile et moi le petit bois flottant dedans. Je veux. J'exige.

Je tape du poing, du pied, du ce qu'il faut pour me faire entendre. Foutez-moi la paix. Balancez-moi du vide, du rien. Je m'en emplirai les veines de ce néant bleu. Si bleu que mes yeux changeront de couleur, que ma peau aussi et je reviendrai sereine, nouvelle et pareille à avant. Tu verras. C'est tout vu sinon c'est foutu.

Tout tourne et pour la première fois, je n'aime pas ça. Il me faut une heure zéro, une respiration blanche taillée au couteau. Il me faut du rouge pour le laver à grande eau et le faire disparaître. Il me faut brûler le noir même si c'est absurde, surtout si c'est absurde.

Et il y aura le bleu.

 

Joan Miro - étoile bleue