g-47-164_med

Accepter cinq garçons à la maison pendant 24 heures ne m'avait pas semblé relever du défi.

Le doute ne s'est pas installé au premier parent qui m'a dit "Bon courage!", il ne s'est même pas développé aux suivants : " Vous êtes téméraire. J'espère que vous allez dormir. Appelez-moi s'il y a un souci."

Cinq garçons de 11 à 12 ans. Encore dans les jeux d'avant, mais un oeil sur les possibilités qui s'annoncent. Cinq pyjamas en flanelle imprimée, mais plus de doudou à renifler.

Cinq gars bien campés dans leurs baskets, cinq visages et corps si différents. Des bruns, des blonds, un roux. Des yeux de toutes formes et couleurs. Cinq copains qui parlent et rigolent fort; qui se balancent des oreillers en pleine tête avec une force qui les surprend eux-même. Plein de pieds nus dépassant du grand canapé lit déplié. Tellement d'orteils que je n'arrêtais pas de les compter. Des chaussures pleines de boue, alignées qui dépassent les miennes.

Cinq larrons qui ont dormi les uns serrés contre les autres. Encastrés l'un dans l'autre, leur poitrine se soulevant d'un même souffle. L'ogre n'est pas passé, ou bien c'est en eux qu'il s'est glissé. Plus rien dans notre cuisine il n'est resté.

Pas un cri, pas une rage. 24 heures de vraie camaraderie, vous savez ce mot désuet qu'on utilisait autrefois; ce mot qui inclut respect, partage et amitié. 

Que j'ai aimé les regarder. Que nous avons aimé être observateurs de ces cinq gamins-là. Et reconnaissant aussi de nous inclure dans leur discussion, d'être à l'aise que "les parents soient-là", à côté, pas trop près, juste assez.

La petite demoiselle de la maison était elle aussi ravie. Elle suivait la troupe dans ses activités, essayant à l'ocasion de se faire remarquer, se blotissant parfois dans un coin pour mieux les regarder, les grands amis de son frère. Surtout un en particulier, qui fut si doux et attentioné à ses babillages de petite fille rose. Mon coeur se ramollissait en pensant qu'entre eux deux, le même nombre d'années les séparaient qu'entre moi et lui. 

Au moment du départ, les parents goguenards ne nous ont pas tous cru je pense. Guettant la ride creusée, le coin de la bouche crispé, ils ont dû être bien déçus. Les cinq jeunes loups reviendront tous c'est sûr. Si ce n'est pour les batailles d'oreillers, ce sera peut être pour les crêpes à la confiture de mûre.

 

George Agnew Reid - The story