Jean-Francois-Raffaelli-xx-Wedding-Invitations-xx-Musee-d'Orsay

Ton costume était trop noir pour toi et mon tailleur ne m'allait pas. Entre la découpe du patron et le dernier essayage, des kilos s'étaient envolés et voilà que la jupe autours de ma taille tournait. 

Tu te rappelles de la tête du bijoutier quand il avait entendu notre réponse? "Trois semaines pour les faire graver? Ah non, désolés, mais on se marie après-demain en matinée." Rien n'était prêt, tout le monde s'affolait, tout sauf nous.

Il faisait froid mais pas tant que cela, le ciel était gris, les pavés brillaient sous la pluie poisse. C'était triste, délavé et tellement beau. J'avais mis une perle à mon cou, tu avais un sourire embarrassé et les yeux flous. 

Ils sont tous arrivés un peu endimanchés mais pas trop. Un groupe cahotique et mal assorti mais c'était eux, et ils étaient nous. Je crois que jusqu'au bout certains n'y croyaient pas, je sais qu'il y avait même des jaloux. Je m'en foutais pas mal, c'était une fin et le début de tout.

Les marches étaient blanches et solennelles. La lumière était greige et la salle résonnait je m'en rappelle. Nous étions debout. Ils étaient assis. D'entendre nos noms, les miens, les tiens, ceux des absents, c'est con, cela résonnait encore plus fort. Il y a eu une petite clameur, un baiser et à nouveau l'escalier. Tout en bas nous avons croisé les deuxièmes mariés du millénaire. 

Je suis d'accord, cela fait moins chic que les premiers.

 

Jean François Raffaëlli_invitations au mariage