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Chaque année nous revenons toujours à ce moment suspendu à la fin de l'hiver. L'instant où le doute s'installe et peut faire craquer les esprits les plus forts. Le froid perdure, méchant, agressant. Le sol n'est que glace, dur et gris, sali aussi. Plus personne ne croit alors que les feuilles reviendront, plus jamais de couleurs, de textures. Bientôt, quelques semaines encore et nous aurons tant de vert que le blanc sera tout aussi sec effacé. Mais vraiment?

La terre qui émerge parfois en flaque brunâtre entre les amas de neige figée est brûlée, roussie et morte. Impensable de l'imaginer souple et verdoyante. Je n'y crois plus. Même les photos du jardin en septembre semblent tirées d'un vieil ouvrage du passé. Ce n'est pas possible : le lilas ne refleurira pas, la lavande est séchée et cassante. La vigne n'est qu'un maigre squelette noir qui se pend. Il n'y a plus de vie, il n'y a que le vent.

Et pourtant, le réveil des écureuils nous rassurent. Il y a eu ce matin réveillé par le chant des oiseaux. Ils sont vite repartis se cacher pour mieux revenir plus tard sans doute. Il y a le soleil qui nous aveugle; emmitouflés dans nos carapaces isolantes, il ne réchauffe que de loin. Ce n'est qu'une illusion, une mince promesse, un rendez-vous pour plus tard. 

N'oublie pas qu'il viendra te brûler en mai, qu'il faudra prévenir ta peau avide de ses rayons : pas encore, laisse-le briller. Réhabitue-toi à sa chaleur après t'être cachée de longs mois. Ne va pas trop vite ou tu resteras marquée. Il faudra se jeter dehors à chaque occasion, il faudra emmagasiner tout ce que nous pourrons de l'été. Oublier l'hiver, sa morsure, sa brûlure. L'oublier assez pour attendre avec impatience les premiers flocons de décembre. 

En regardant par ma fenêtre, je n'y crois pourtant pas encore. L'érable est nu, le ciel est vide. Il n'y a que la laine qui court sur ma peau pour me réconforter.

 

Lynn Boggess - Winter