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Je ne sais pas très bien si c'est le printemps qui nous nargue en allant et venant entre deux bourrasques de neige et qui me fouette avec la promesse d'un renouveau qui n'arrive pas. 

Je ne sais pas si ce sont les changements d'emploi du temps qui m'attristent d'abord pour ensuite se transformer en défis excitants à relever. Va comprendre, cours-y.

Je ne sais pas si c'est un anniversaire approchant que tout le monde décrit comme un grand virage qui va me lancer à toute vitesse le long d'une ligne droite. Ou me projeter dans le vide.

Je ne sais pas si ce sont les cailloux de l'intendance, les emmerdes matérielles, puisqu'il faut bien les appeler ainsi, qui allourdissent nos esprits en s'enfilant les unes derrière les autres.

Je ne sais pas si ce sont les enfants qui grandissent si bien, si beau, trop fort parfois, si vite finalement. Ils se crient autant qu'ils s'aiment et c'est tendre à voir même si c'est souvent pénible à entendre...

Je ne sais pas si j'arrêterai de dire oui, si je pourrai résister un jour aux projets, à faire du nouveau, de l'inattendu. J'espère que non, et pourtant, parfois, j'aimerai en être capable. Ce n'est rien de bien fabuleux, pas de poudre aux yeux, toujours du concret, de l'emmêler que je m'empresse de démêler à ma façon.

Je ne sais pas si nous nous tiendrons encore côte à côte dans dix ans. On s'éloigne un peu, concentrés sur des petites nécessités, absorbés par les maudits cailloux. Il faudrait plus de nuit, il faudrait plus de feu. Je sais que. Je crois qu'il. Alors nous.

Je ne sais vraiment pas grand chose, à part que cela doit faire à peu pareil chez vous autres. Qu'il y a autant de doute que de réponse à des questions existentielles. Mais dites-donc, pourquoi on court?

 

 

Hans Hofman _ Provincetown House