Edmond-François Aman-Jean Thadée-Caroline Jacquet

Le début du printemps ressemble tellement à l'automne ici. Tout est nu, roussi et détrempé. Rien sur les branches, rien ne sort de terre. Quelques rayons arrivent à nous réchauffer timidement. On ne quitte pas les manteaux pour autant.

Les petits virus reviennent en courant après avoir été congelés tout l'hiver. Et à tour de rôle, les enfants se roulent en boule au creux de notre lit. J'écris, et c'est elle qui dort aujourd'hui. Petite poupée chaude et blanche. Qui se réveille en sursaut en posant des questions d'un autre espace temps. Tu verras, cela passera.

Il y a ces lignes que je dois écrire jusqu'à vendredi, absolument. Des lignes que j'oublie à peine je les ai tapées. Des mots pour obtenir un bout de papier pour avoir le droit de prétendre à peut être un travail à long terme. Le genre d'écriture qui m'emmerde, ne m'excuser même pas. Mais dont curieusement, à ma surprise, j'arrive à tirer quelques satisfactions. C'est que je ne peux pas m'en empêcher : je ne peux pas faire à moitié même quelque chose qui n'en vaut pas la peine. Je dois être orgueilleuse finalement.

Neuf années que nous avons atterri ici. Ce n'est pas grand chose, et c'est tellement de choses. Cela explose parfois, mais pas de bouquet de regrets.

Le décompte des jours avant l'été est amorcé. C'est encore long, mais ce sera si vite passé. Je mise trop sur ces deux mois à chaque fois. Je les comble, je remplis à l'écoeuré. On verra bien, ce sera chaud, on se brûlera.

Et puis vient 40 à l'ombre. Je ne comprends pas tout le bruit que font les autres autours de moi. J'aime le nombre rond, j'aime la dizaine. Je me sens de plus en plus proche de moi-même, je crois que j'approche petit à petit de celle que je souhaitais être. Je crois que cela se voit. C'est mieux, c'est plus fort et plus urgent.

Que demander de plus maintenant?

 

Edmond-François Aman-Jean _ Caroline Jacquet