Taking it All In 10x10 300dpi

J'ai pris une journée de silence. Quelques heures de retrait du monde où je n'entendrai rien. Je n'écouterai pas de nouvelles bonnes ou mauvaises à la radio. Je n'allumerai mon ordinateur que pour travailler, étudier, me nourrir avec choix et obligations aussi. Je ne sortirai pas de mon monde. Une journée au milieu de la grande valse de la fin de l'année. Pour penser, réfléchir et ne rien faire du tout. Mais c'est tellement, tout, qu'une journée n'y suffira pas.

J'arrête de penser que je ne comprends pas les autres qui hésitent, qui ne voient pas, qui n'analysent que leur nombril. Nous sommes entourés d'images, persécutés de couleurs, de films, partout, dans les maisons, dans les voitures, au travail, à l'école, dans les musées aussi. Tellement à voir qu'on ne pourra pas tout voir. Et on ne voit pas les autres, réellement. 

J'arrête d'être en colère face à des parents qui disent : je ne sais plus quoi faire. Et qui placent devant les yeux de leur fardeau des écrans, des appareils qui leur promettent quelques heures de calme le soir en rentrant du boulot. J'arrête de détester les enfants qui disent : il n'y a plus rien à faire. Et qui délaissent ceux qui les ont élevés, nourris, aimés sûrement lorsque les corps font défaut. Ceux qui se persuadent qu'un vieux ça n'entend plus, ça ne voit plus donc ça ne ressent plus non plus. Et on attend la fin. Et on s'impatiente même.

Aujourd'hui, pour quelques heures, je ne verrai que la moitié pleine du verre. Celle qui pétille et qui chante. Je verrai les promesses, les désirs et les certitudes bien ancrées dans le futur. Je verrai tout ce qui reste à faire, à construire et je vais aimer l'inconnu. Tout ce que j'ignore encore. Je dois embrasser ce qui fera mal, pour le détourner, pour l'envelopper de mieux, de ça ira quand même. 

Je vais m'exclure du monde, méditer dans mon silence et mes rêves. Et j'oublierai ceux qui parlent.

 

Karen Offut _ taking it all