Wolfram Onslow Ford

Juillet vient comme une relève qu'on n'attendait plus. Les nuits ont les fenêtres ouvertes sur le bruissement des feuillages et des quelques passants riant d'être encore dehors aussi tard. Les souffles sont paisibles, je les entends remuer des pieds de temps en temps pour repousser les draps. J'écoute Verdi et je me permet déjà de noircir quelques papiers qui peuvent très bien attendre la fin de l'été. Moi qui n'ai jamais aimé les grandes chaleurs, je savoure les gouttes qui perlent dans mon cou et qui se glissent au creux de ma gorge. Je me laisse aller complètement et je tourne la tête en passant devant les piles à ranger, trier, classer.

Le vin se boit frais et il cogne fort. Le jardin fleurit et j'ai encore oublié de l'arroser ce soir. C'est la faute à Verdi. Il faudra se lever tôt pour rattraper mon retard. Et il faudra aussi une sieste pour tenir la journée longue. Les enfants joueront dehors sous les arbres, j'entendrai leurs cris par la fenêtre et mes stores baissés filtreront le soleil qui plongera sur le parquet. On pourra peut être goûter les premières groseilles ou même une salade de fraises. S'il fait trop chaud on ira au cinéma avec des pulls et des chaussettes. Il y aura du silence et de la menthe fraîche dans la citronnade sur la table du jardin.

Il faudra aller au marché et surtout aller acheter une lavande. Malgré les grands soins intensifs, le pied de 5 ans n'a pas survécu au moins 40 de cet hiver. Comment se rappeler aujourd'hui de la morsure de février? Les oiseaux n'ont plus de graines et un cardinal est venu se plaindre à la fenêtre de la chambre. Ne pas oublier d'appeler ceux qui ne sont pas partis et les inviter à manger sous la vigne. Tout est ralenti, tout est dénoué. Il n'y a pas encore le remords de laisser le temps filer. Mais je me connais trop bien pour ignorer le moment où je repartirai à l'assaut. Cela germe déjà, je le sais.

Mais le temps est à rien et surtout rien du tout. Laisser l'heure du repas passer et le transformer en goûter. Dire oui à des glaces dès le matin, se dire que finalement, c'est meilleur quand on en a envie. Se dire que malgré tout, malgré cette année pourrie, on est heureux, on est chanceux aussi. Et les roses sont rouges dans l'allée.

Alors peut être que demain, ce sera Vivaldi.

 

Wolfram Onslow Ford _ Mother's garden