Phantasie_für_eine_Orgelwalze,_Allegro_and_Andante_in_F_Minor,_K

Il me semble étrange de plus en plus ce besoin d'immédiateté, cette urgence permanente à savoir ce qui va se passer, à être le premier, à devancer la nouvelle. Et puis lorsqu'elle arrive enfin, ne pas vouloir en savoir plus que de la voir. Juste un petit coup d'oeil en passant, on glisse sur le contexte, le regard, sur le contenu s'il y en a un. Et on passe à la suivante.

Une image seulement pour résumer une histoire. Plus la vue nous étreint, plus on obtient la satisfaction d'un sentiment de compréhension, de compassion même. On tolère alors un titre, quelques mots pour souligner mais surtout pas de verbes! Les verbes sont de vilains mots qui forcent votre opinion, qui -comble de dégoût- peuvent même vous provoquer d'émettre un avis voir un désaccord. 

Les mots sont tellement démodés, tous qu'ils sont. Les plus légers comme les plus résonnants. Ils n'ont pas eu la délicatesse de changer, ils continuent de s'aligner bêtement les uns derrière les autres, virgule et point. Où est l'excitation? Une réflexion, une analyse ne peut pas être excitante, cela se saurait depuis le temps. Et puis qui la lirait? Qui soulignerait les passages importants d'un trait de crayon gras, qui découperait l'article pour l'archiver? Oui on peut le faire à l'écran et ce changement-là aurait pu enrichir l'écriture. Mais est-ce moi ou bien ne disparaissent-ils pas? Le vocabulaire s'allège, il se tord parfois vers d'autres horizons et c'est tant mieux aussi. Mais il déteint, il s'étiole, on le stigmatise.

Des heures à regarder défiler des images souvent formatées de la même façon et si peu à lire dans le fond. J'ai pensé l'autre jour à l'absence d'urgence, à notre longue vie annoncée, promise et dûe. Où se trouve le besoin de créer, de produire vite, bien vite avant de disparaître avant même d'avoir commencé? L'urgence n'a-t-elle pas fait avancer, découvrir, engager? Où est notre urgence à présent? Peut être y-en-a-t-il trop finalement... Toutes ses images qui ne peuvent nous échapper nous rappellent celles qui sont loin de nous, tous les jours. Par où commencer alors? 

L'écriture est outil de réflexion. J'écris un mot puis l'efface s'il ne sonne pas juste, s'il n'a pas sa place. Je ne cherche pas forcément à me faire comprendre, j'ouvre une réflexion, une vue, peut être parfois une émotion. Oui j'entre en duel, j'engage, je défend, je pare. Ce sont mes mots, et au-dessus, ce sont leurs images et le travail est dans le fond le même. Soyez conscients, il n'y a pas d'instantané ici. Il n'y a pas d'immédiateté. Repassez dasn une semaine ou un an, tout restera à sa place. Vous êtes entrés dans un espace vide de temps. Et puis Mozart est mort à 35 ans.

 

Wolfgang Amadeus Mozart _ Phantasie für eine Orgelwalze