no-14-1960

C'est un thème récurant par ici. Ne pas pouvoir se résoudre à devoir faire des compromis. À délaisser une idée pour conserver l'équilibre d'une autre. Ne pas oublier les petits, les devoirs et les vouloirs. Ne pas oublier l'alter ego sous peine de flancher toute seule de mon côté. Ne pas oublier les obligations : celles qu'on nous donne et celles qu'on s'impose. Et puis au bout de la route, au bout de la nuit ou du petit matin blême souvent, ne pas s'oublier soi-même. 

Je pense que je me mens beaucoup à défaut de mentir aux autres. Je me dissimule les réalités et elles grossissent en cailloux sur mon chemin. Je me planque derrière des évidences, des inévitables. Elles me rattrapent au tournant et c'est souvent en pleine face que je me les prends. Aller, arrête de pleurer et tu sais bien que faire vaut mieux que dire la plupart du temps. Tu as voulu tout cela, tu as couru après pour aller plus vite que les autres, plus vite que le temps. Tu le savais bien pourtant. 

Les couleurs de l'automne s'effacent déjà. Les pourpres se fanent et la lumière s'en va. Nous plongeons dans le gris, l'intérieur, le chaud et les épaisseurs. Tu sais que tu aimes ça. Embrasse tout puisque cela ralenti. Prend le temps qui n'est pas encore parti. Dis-leur que tu veux rester, que tu resteras même quand ils t'auront quittée. Ce n'est pas une mélancolie, c'est une peau morte qui se déplie doucement, qui glisse le long de mon corps centimètre par centimètre. Elle est encore accrochée; il ne faut pas la tirer, juste la laisser partir. Un jour, tu la chercheras et elle ne sera plus là. 

C'est le temps des morts et du dedans. C'est celui de l'introspection et des grands vents. Novembre m'est doux autant qu'il m'est violent. C'est une piqûre de rappel pour se sentir vivant, de sang et d'os et de comprendre que notre tour viendra bien assez tôt. 

C'est la couleur de la terre hier et aujourd'hui.

PJ Harvey - The Colour Of The Earth HD

 

 

Mark Rothko _ Numero 14