Enfant_écrivant-Henriette_Browne

Je lis beaucoup en ce moment, je lis plus que je ne regarde des images. Je ne lis pas forcément des pages que j'aime, mais des pages nécessaires. Après plusieurs jours, j'avoue que je me force : je veux lire ces témoignages, je veux comprendre pour pouvoir avancer, je me dois de savoir. Chaque musique, chaque peinture, chaque geste n'ont plus la même signification, ou plutôt, je n'en fais plus la même interprétation. Bien sûr que c'est bouleversant, blessant, inquiétant. Mais j'avoue que plus je lis, plus je griffonne de mon côté, moins je comprends le silence. Je ne comprends pas ceux qui se taisent. Leurs mâchoires closes pour moi se retiennent. Mais de dire quoi? Mais pourquoi? Jusqu'à quand? Je crois déceler une certitude de bonne pensée, la meilleure, celle qui sera au-dessus de toutes les autres. Les mâchoires des bien-pensants me font grincer des dents. Je préfère lire un désaccord, une révolte, l'entendre parce que je veux y faire face, parce qu'on peut construire même contre. On ne peut rien construire dans le vide. Alors que faire du silence? Est-ce une absence de sentiments? Absence de compassion pour des hommes et des femmes? Des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes. Des hommes et des femmes.Des hommes et des femmes.

La vie reste quand même au-dessus de tout, même des idées bien-pensantes, il me semble. Je continue de lire, de griffonner, de dessiner tiens aussi. J'espère que mes enfants feront de même et les leurs. Et tous les autres. Et tous les leurs.

 

Henriette Browne _ enfant écrivant