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C'est dans mon corps que je le ressens d'abord : un mal de tête sourd et lourd qui rend une journée chargée et terne, qui m'aveugle.

Et puis le vent se lève et le grand froid se déverse dans le méandre des rues; il se souffle dans les cols relevés, il fige les tissus, il plisse les yeux et fait siffler les fenêtres pétrifiées de bleu acier. Moins quarante. Il faut le vivre pour le croire. De retour au dedans, il faut reprendre son souffle que la mort blanche a essayé de nous pomper. Le coeur se calme; on se décharne. Seules les vraies chaleurs réconfortent : le feu et le sang. Oubliez les thermostats et l'électricité, nous redevenons animal en survie. 

Se retrouver face à face un moment, se rassembler, se rasssurer, s'observer. C'est bien beau. Le faire pendant les longues semaines que dure notre hiver, brise le charme. Qu'il est difficile de se connaître à défaut de se reconnaître. Qu'il est difficile et excitant en même temps de les voir grandir, de les laisser s'éloigner de nous. Qu'il est difficile de leur confier un bagage qu,on veut à la fois léger et chargé et sens. Que c'est beau quand même de se retrouver après une dispute.

J'aime le blanc, la neige et la glace. J'aime ce grand ciel bleu qui nous aspire vers le haut. J'aime l'air qui fige ma poitrine, qui m'écrase autant qu'il m'élève. Mais chaque hiver, c'est ce qui se passe au dedans qui nous fait grandir un peu plus chaque année. Et peut être celle-ci plus qu'une autre.

Le jour se lève plus tôt. La saison froide s'étirera encore pour de longues semaines ici. Pourtant, le temps du dedans est presque fini. profitons-en encore un peu pour se défaire et se refaire encore mieux. Même si, et surtout si c'est difficile.

 

Vilhelm Hammershøi _ intérieur