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Parler du temps qui passe nous permet de le contourner j'imagine. Mais que dire des derniers mois qui se sont échappés? De l'effort, nous pouvons en évoquer plusieurs : de celui du labeur, d'aimer ce que l'on fait et de se donner les moyens de l'aimer encore plus. De celui du don, mais est-ce vraiment d'effort d'ici nous parlons? Où réside l'effort lorsqu'on se livre tout entier à offrir aux autres et à nos enfants en particulier? "We raise by lifting others." est une phrase qui résonne particulièrement en cette fin d'année 2015. Élevons-nous les uns les autres, tendons nos mains pour aider d'autres à monter plus haut, et mieux. Vous verrez, cela rend heureux. Je ne vois pas de joie à regarder quelqu'un au fond du trou, quelque soit la profondeur du trou, par qui que ce soit il fût creusé. 

Et puis l'effort de recevoir, qui est peut être le plus difficile pour moi qui me ferme volontiers aux douceurs et aux attentions dirigées. Apprendre à recevoir autant qu'à donner n'est pas chose aisée si on souhaite le faire en pleine conscience. L'apprentissage de l'écoute active et posée me permet de me redécouvrir tout en découvrant les autres. C'est magique! Le temps se ralenti jusqu'à se suspendre, on entend mieux, on refuse de prendre. On reçoit en respirant. S'arrêter et regarder vraiment. Se taire aussi, le plus souvent. Cela reste un effort pour moi, mais il s'allège avec le temps et mon plaisir s'agrandit, petit à petit.

L'effort d'y croire toujours, de trouver des solutions, de nouveaux angles inexplorés. De croire en quoi? En tout principalement! En l'homme essentiellement. Oui, j'y crois encore malgré des temps troublés. Mais ont-ils été vraiment clairs un jour ou bien étions-nous partis dans des illusions teintées par d'autres? Étions-nous réellement présents jusqu'alors pour témoigner de l'étrangeté de notre espèce? Mais qu'est-ce-qui nous pousse à la souffrance? Pourquoi préférerons-nous la voir au-delà du beau? Parce que le beau arrive tous les jours : il arrive quand la vieille voisine chante à sa fenêtre un chant sicilien de sa jeunesse, quand une voix qu'on avait oublié se fait entendre au bout du fil, quand leurs cheveux s'emmêlent sur leurs fronts endormis, quand ta main effleure la mienne. C'est beau. Je le vois.

Quand nous serons tous de retour, résonnera mieux la voix des vieilles dans nos poitrines.

 

Marc Chagall _ Le concert