12 août 2011

Un jour de septembre

  Le jour où j'ai laissé partir le dernier travail dû, mon sommeil n'est pas venu. J'ai erré en silence au rez-de-chaussée, appliquant chaque pas nu au plancher refroidi. Les idées si claires, le souffle si léger, c'est comme si tout recommençait, tout repartait d'il y a plusieurs années.  Je suis sortie dans le jardin m'asseoir sur le grand fauteuil de bois gris. J'ai laissé les frôlements de fourrure me surprendre et me faire peur un peu aussi. Les êtres de la nuit m'entouraient étonnés de ma présence inattendue. Le... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 23:57 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

24 juillet 2011

Juillet passé

La canicule s'est fanée, il ne fait plus que 30 degrés. Les nuits lourdes nous ont volé nos journées. Enfermés, au noir pour ne pas fondre, se liquéfier. Et j'écris, plein, tard le soir ou tôt la nuit lorsque le chat surgit et que les autres dorment. Les ratons laveurs passent au-dehors, la ville soupire, les grillons frissonent. Et j'écris beaucoup, comme il y a près de quinze ans, assise à mon bureau blanc, les doigts collés aux touches noires. Le ventilateur s'entête, mon verre d'eau se vide, mes jambes nues protestent. Elles... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 17:37 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
06 juillet 2011

Suicide moderne

  Il est si facile d'allonger le bras, tout jeter dans le chariot et pousser droit devant soi des kilos inutiles. Il est si facile d'ouvrir un sachet, de décapsuler une cannette, de tourner un couvercle. Il est si facile de ne pas avoir de vaisselle à laver, d'appuyer du bout du pied pour ouvrir un couvercle qui avale tout les déchêts. Ni vu ni connu. Pas de trace, tout est propre. Vraiment? Le plaisir a disparu, il n'y a plus la joie des grands repas partagés: tout est avalé en silence, rapidement, caché. Je ne leur dis pas... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 00:01 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
20 juin 2011

Fossile

  Sa stature haute et équilibrée, son regard sombre et doux mélangés, sa démarche souple et contenue, chacun de ses gestes force le respect qu'on lui porte. Il m'a rarement été permis de rencontrer d'homme aussi présent, aussi conscient de son être tout entier, conscient de sa vie autant que de sa mort, conscient d'où il vient et où il n'ira pas. J'ai écris mainte fois ces lignes, je les réécris encore. Je sais que beaucoup de choses m'échappent, je sais que mon obstination à vouloir les retenir prouve que j'ai tort. Il me le... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 11:57 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
25 avril 2011

En l'attendant

  Il était parti trop tôt le matin. Elle avait juste senti son bras glisser de sa taille, son souffle se rapprocher de ses yeux, ses lèvres les effleurer. Puis le silence. Le bavardage des femmes qui battaient les tapis l'ont sortie de son sommeil. Il était encore temps de saisir la fraîcheur du matin. Elle se glissa sous son jeans, sa chemise légère et elle claqua la porte. Les escaliers dévalés, le concierge salué, la rue traversée, elle plongea dans le métro. Le balancement de la voiture la ramenait à ses rêves. Un couple... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 23:59 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
21 avril 2011

Un, deux, trois...

                         Tu me chantes maman? L'était une p'tite poule grise Bâteau sur l'eau Cadet Roussel a trois maisons, Cadet Roussel a trois maisons Jamais z'on n'a vu, jamais z'on ne verra A la claire fontaine m'en allant promener Ah les crococo, les crococo, les crododiiiiles ... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 23:59 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

17 avril 2011

Dérive

  Il n'y aura pas vraiment d'après. Ce sera seulement une continuation de ce que cela a toujours été : un decrescendo amorcé il y a si longtemps. Peut être dès le début. Elle sait qu'elle ne peut rien y faire. Elle a essayé de changer le cours de leur relation mais les tumultes du courant ont toujours été les plus forts. Elle ne peut en parler ouvertement, trop personnel. Je ne sais pas si elle en souffre; elle ne laisse rien transparaitre au dehors. Je ne fais que recueuillir ce qu'elle veut semer au hasard des jours. Le... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 23:59 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
13 avril 2011

A+B

  Main dans la main, ils s'excusent de rire trop fort. Les lèvres mordues, leurs yeux pétillent tellement plus. Leurs gestes ne s'habillent pas de la gêne de leur adolescence; ils l'ont dépassée depuis plus de trente ans.  Ni lui, ni elle n'aurait alors imaginer tout ce parcours pour se trouver enfin. Comme si leur vie était déjà passée : un mariage, des enfants, un désamour, une séparation, peut être deux ou trois de plus... Comment s'imaginer alors retourner en arrière, revenir aux premiers émois, aux battements... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 23:59 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
08 avril 2011

36 et un

  Ça fait 37. Et voilà. Juste un peu moins que 38, un peu plus proche de 40, et 45, et 50... et alors?  37 c'est bête, ça ne me dit rien. Rien qui vaille, rien qui ne vaille pas. Pas grand chose. Ce n'est pas un nombre signifiant. Un de plus, toujours en plus, qui s'ajoute au temps qui s'en va.  3+7 égale 10. 10 ans de OUI à deux, ça, ça me parle vraiment mieux.  37 c'est moche. Cela va passer vite et c'est heureux!   Pierre Soulages - Lithographie 37    
Posté par luneauxautres à 00:03 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
21 mars 2011

Amouassa

Amouassa a deux grands yeux bleus, qui font retourner les gens sur eux dans la rue. Elle commence à s'en rendre compte, petit à petit, du pouvoir de ses deux yeux-là. Amouassa a un petit nez tout rond qui sait se plisser quand bon lui semble surtout à la barbe de son papa qui s'affale à chacun de ses frémissements. Amouassa a découvert un pouvoir ultime : celui d'exaspérer à volonté un grand frère qui - il faut dire - démarre au quart de tour. Une joie totalitaire peut alors se lire sur sa frimousse enfantine. Amouassa est... [Lire la suite]
Posté par luneauxautres à 20:48 - - Commentaires [7] - Permalien [#]